‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 54 sur 134 · DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN

A Nevers, vendredi 15e mai 1676.

« Voici une route où l’on est tentée de vous écrire, quand on ne le voudroit pas : jugez ce que c’est quand d’ailleurs on y est aussi bien disposée que je le suis. Le temps est admirable, cette grosse chaleur est dissipée sans orage; je n'ai plus de ces crises dont je vous avois parlé. Je trouve le pays très beau, et ma rivière de Loire m'a paru quasi aussi belle qu’à Orléans : c'est un plaisir de trouver en chemin d’anciennes

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amies. J’ai amené mon grand carrosse, de sorte que nous ne sommes nullement pressées et nous jouissons avec plaisir des belles vues dont nous sommes surprises à tout moment. Tout mon déplaisir, c’est que l’hiver les chemins sont une autre affaire, et vous aurez autant de fatigues que nous en avons peu. Nous suivons les pas de Mme de Montespan; nous nous faisons conter partout ce qu’elle dit, ce qu’elle fait, ce qu'elle mange, ce qu'elle dort. Elle est dans une calèche à six chevaux, avec la petite de Thianges ; elle a un carrosse derrière, attelé de la même sorte, avec six filles ; elle a deux fourgons, six mulets, et dix ou douze cavaliers à cheval sans ses officiers : son train est de quarante-cinq personnes. Elle trouve sa chambre et son lit tout prêts ; en arrivant, elle se couche, et mange très bien. Elle fut ici au château où M. de Nevers étoit venu donner ses ordres, et ne demeura point pour la recevoir. On lui vient demander des charités pour les églises ; elle jette beaucoup de louis d’or partout fort charitablement et de fort bonne grâce. Elle a tous les jours du monde un courrier de l’armée ; elle est présentement à Bourbon. »

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