DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN
A Moulins, à la Visitation, dans la chambre où ma grand’mère est morte ; entourée des deux petites. Valençay, ce dimanche après vêpres, 17° de mai.
« J arrivai hier au soir ici, ma chère enfant,
en six jours, très agréablement. Me Fouquet, son beau-frère et son fils vinrent au devant de moi ; ils m'ont logé chez eux. J’ai dîné ici, et je pars demain pour Vichy... Vous croyez donc n'avoir pas été assez affligée de ma maladie, eh bon Dieu! qu’auriez-vous pu faire? Vous avez été plus en peine que je n’ai été en péril. Comme la peine que j'ai eue vingt-deux jours était causée par la douleur, elle ne faisoit peur à personne. Pour mes rêveries, elles venaient dire que je ne prenois que quatre bouillons par jour, et qu'il y a des gens qui rêvent toujours pendant la fièvre. Votre frère m'en a fait des farces à mourir de rire : il a retenu toutes mes extravagances, et vous en réjouira. Ayez donc l'esprit en repos, ma belle, vous n'avez été que trop inquiète et trop affligée de mon mal. »