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enfin jen suis contente. Il me parloit donc pendant que j'étois au supplice. Représentezvous un jet d’eau contre quelqu'une de vos pauvres parties, toute la plus bouillante que vous puissiez vous imaginer. On met d’abord l'alarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits; et puis on s’attache aux jointures qui ont été affligées ; mais quand on vient à la nuque du cou, c’est une sorte de feu et de surprise qui ne se peut comprendre ; cependant c’est là le nœud de l'affaire. Il faut tout souffrir, et l’on souffre tout, et l’on n’est point brûlée et on se met ensuite dans un lit chaud, où l’on sue abondamment, et voilà qui guérit. Voici encore où mon médecin est bon, car au lieu de m'abandonner à deux heures d’un ennui qui ne se peut séparer de la sueur, je le fais lire et cela me divertit. Enfin, je ferai cette vie pendant sept ou huit jours, pendant lesquels je croyais boire, mais on ne veut pas, ce seroit trop de choses ; de sorte que c’est une petite allonge à mon voyage; les dérèglements sont tous réglés, et c’est pour finir cette action, et faire une dernière lessive, que l’on m'a principalement envoyée, et je trouve qu'il y a de la raison : c’est comme si je renouvelois un bail de vie et de santé ; et si je puis vous revoir, ma chère, et vous embrasser encore d’un cœur comblé de tendresse et de joie, vous pourrez peut-être m'appeler encore votre bellissima madre, et je ne renoncerai pas à la qualité de mère beauté, dont M. de Coulanges m'a honoré. »
LPO VA
A Vichy, lundi au soir 1er 1676.
« Mais parlons de la charmante douche; je vous en ai fait la description; j'en suis à la quatrième; j'irai jusqu'à huit. Mes sueurs sont si extrèmes que je perce jusqu'à mes matelas; je pense que c’est toute l’eau que j'ai bue depuis que je suis au monde. Quand on entre dans ce lit,il est vrai qu'on n’en peut plus : la tête et tout le corps sont en mouvement, tous les esprits en campagne, des battements partout. Je suis une heure sans ouvrir la bouche, pendant laquelle la sueur commence et continue pendant deux heures; et de peur de m'impatienter, je fais lire mon médecin, qui me plaît; il vous plairoit aussi. Je lui mets dans la tête d'apprendre la philosophie de votre père Descartes; je ramasse des mots que je vous ai oui dire. Il sait vivre, il n’est point charlatan ; il traite la médecine en galant homme; enfin il m'amuse. Je vais être seule et j'en suis fort aise : pourvu qu’on ne m'ôte pas le pays charmant, la rivière d’Allier, mille petits bois, des ruisseaux, des prairies, des moutons, des chèvres, des paysannes qui dansent la bourrée dans les champs, je consens de dire adieu à tout le reste; le pays seul me guériroit. Les sueurs qui affaiblissent tout le monde, me donnent de la force, et me font voir que ma faiblesse venoit des superfluités que j’avois encore dans le corps. Mes genoux se portent bien mieux ; mais mes mains ne veulent pas encore, mais