‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 59 sur 134 · De Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

De Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN

A Vichy, jeudi 4 juin 1676.

« J'ai achevé aujourd’hui ma douche et ma suerte : je crois qu’en huit jours il est sorti de mon corps plus de vingt pintes d’eau. Je suis persuadée que rien ne me peut faire plus de bien; je me crois à couvert des rhumatismes pour le reste de ma vie. La douche et la sueur sont assurément des états pénibles; mais il y a une certaine demi-heure, où l’on se trouve à sec et fraîchement, et où l’on boit de l’eau de poule fraîche; je ne mets point ce temps au rang des plaisirs médiocres. Mon médecin m’'empêéchoit de mourir d’ennui : il me divertissoit à me parler de vous, il en est digne. Je m'en vais prendre demain une légère médecine, et puis boire huit jours, et puis c’est fait. Mes genoux sont comme guéris; mes mains ne veulent pas encore se fermer; mais pour cette lessive que l’on vouloit faire de moi une bonne fois, elle le sera dans la perfection.

« Vous ne comprenez pas mes mains, ma chère fille : j’en fais présentement une partie de ce que je veux; mais je ne les puis fermer qu'autant qu’il faut pour tenir une plume; le dedans ne fait aucun semblant de vouloir se désenfler. Que dites-vous des restes agréables d’un rhuma-

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tisme ? M. le cardinal me mandoit l’autre jour, que les médecins avoient nommé son mal de tête un rhumatisme de membrane : quel diantre de nom. À ce mot de rhumatisme, je pensai pleurer. »

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