DE Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN
A Livry, vendredi 14° août 1676.
« Ma chère enfant, je me porte fort bien ici, je suis plus persuadée de la grandeur du mal que j'ai eu, par la crainte que je me sens d’y retomber, et par ma conduite à l’égard du serein, que par nulle autre chose, car vous vous souvenez bien que les belles soirées et le clair de lune me donnoient un souverain plaisir. »
569, De Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN.
A Livry, mercredi 19e août 1676.
« Pour ma santé, elle est très bonne; il n’est plus question de rien ; je suis persuadée que le rhumatisme a tout fini. Je ne m'expose plus au
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serein ;ouje suis dans une chambre, ou je monte en carrosse pour gagner les hauteurs. Le clair de lune est une étrange tentation, mais je n’y succombe guère. Enfin, soyez en repos; et pour mes mains et mes genoux, je consulterai la pommade, et prendrai de la poudre de mon bon homme après la canicule. En vérité je vous laisse le soin de me gouverner, et je crois que vous ferez mieux que tous les docteurs. »
A Livry, mercredi 26° août 1676.
« Vous me trouverez fort différente de l’idée que vous avez de moi : Ces genoux eî ces mains qui vous font tant de pitié, seront peut-être guéris en ce temps-là, et présentement peut-être que vous ne vous en apercevriez pas. Enfin, mon air délicat seroit encore la rustauderie d’un autre, tant j’avois un grand fonds de cette belle qualité. Pour Vichy, je ne doute nullement que je n'y retourne cet été. Vesson dit qu’il voudroit que ce fût tout à l'heure; de l’Orme dit que je m'en garde bien dans cette saison; Bourdelot dit que j'y mourrois, et que j'ai donc oublié que je ne suis que feu, et que mon rhumatisme n’étoit venu que de chaleur. J'aime à les consulter pour me moquer d'eux : peut-on rien voir de plus plaisant que cette diversité? Ils m’ôtent mon libre arbitre à force de me laisser dans l’indifférence : on à bien raison de dire qu'il y a des auteurs graves pour appuyer toutes les opinions
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probables; je prendrai leur avis selon qu’il me conviendra. J’ai présentement pour me gouverner mon beau médecin de Chelles : je vous assure qu'il en sait autant et plus que les autres. Vous allez bien médire de cette approbation; mais si vous saviez comme il m’a bien gouvernée depuis deux jours, et comme il a fait prospérer un commencement de maladie que je croyois avoir perdue, et qui me prenoit à Paris, vous l’aimeriez beaucoup. Enfin, je me porte très bien, je n’ai nul besoin d’être saignée : je prends ce qu'il m'ordonne, et je me purgerai ensuite de la poudre de mon bonhomme. Il dit que du bon tempérament que je suis, je ne serois pas quitte dans trois ans de ces retours. On vouloit me retenir à Paris; si je n’avois beaucoup marché, je ne m'en serois pas si bien trouvée. »