PREMIÈRE PARTIE
tinéc est touchante. Madame de Mondeberre perdit, après un an de mariage, son mari, jeune et beau comme elle, tué misérablement par son meilleur ami dans iui# partie de chasse, Veuve à vingt ans, comblée de tous les dons de la naissance et de la fortune, elle dit au monde un éternel adieu, et se retira avec sa Bile, qui comptait quelques mois â peine, flans ce manoir qu'elle n'a plus quitté, malgré les sollicitations de ses amis el de sa famille.
Je n'étais encore qu'un enfant; mais celle histoire , que j'entendais conter autour de moi, préoccupait et charmait à la lois mon imagination naissante, lu soir, j'en entrevis l'héroïne à travers le feuillage éclaircî de sou parc. Qu'elle m1 apparu! belle et charmante ! mais en même temps qu'elle me sembla imposante et Hère! .le n oublierai jamais de quelle façon il me fut donné de lui parler pour la première fois.
J'avais seize ans ; j'aimais la chasse avec passion. Un jour que j'avais battu sans suecès nos landes et nos bruyères, je m'en revenais d'un pas découragé, quand tout à coup mes chiens tirent lever un lièvre qui disparut dans un épais fourré. Les chiens l'y suivirent, et moi-même je m'y jetai avec une sauvage ar-
deur. Toi qui n'as jamais brûlé de poudre qu'au tir, tu ne sais pas quelle fièvre, ou plutôt quel démon s'empare en ces instants de notre être. J'éventrai une hïPîe qui me faisait obstacle, et, le visage et les mains en sang, je me précipitai sur la trace des chiens, les animant de la voix, et ne m' apercevant pas que je me trouvais dans une propriété particulière enceinte de murs et de haies vives. M' étant posté au détour d'une allée, j'attendis mon lièvre et lui lâchai au passage une charge de plomb dans le liane. Presque aussitôt des cris partirent à quelques pas de moi. Je me retournai et reconnus madame de .Mondeberre et sa fille. L'enfant se pressait avec effroi contre sa mère; celle-ci était paie et tremblante. Je devinai sur-le-champ ce qui se passait en elle : je compris quels funèbres échos je venais déveiller dans son cœur, et que j'étais à ses yeux l'appareil vivant du supplice qui l'avait faite veuve à vingt ans. J'aurais voulu m'abimer à cent pieds sous terre. Par un brusque mouvement, je me débarrassai de mon carnier et le lançai avec mon fusil par-dessus le mur d'enceinte; puis, ayant renvoyé mes chiens, je m'avançai , timide et confus, et balbutiai quelques excuses. Madame de Mondeberre en parut touchée; elle me sut gré surtout