PREMIERE PARTIE
hautes vérités qu'à ce propos on a mises en circulation. Je sais qu'un homme n'est compté pour rien s'il n'est quelque chose, c'est-àdire s'il n'a pas une position, un état, une carrière. Cependant s'il m'est doux , à moi , de n'être rien? Si vos emplois ne me tentent pas? Si je ne me soucie ni de vos places ni de vos honneurs ? Si je préfère le silence à vos hruits, le repos à vos agitations, la solitude à vos fêtes? C'est alors que la société, qui ne supporte point patiemment qu'on puisse se pas» i d'elle, vous jette à la face les nom- d'égoïste el de lâche. A son aise! l'aubépine esl en fleurs, les oiseaux chantent dans les haies, el mou cheval est là, tout sellé qui m'attend. Vois mon père d'ailleurs; il ne tut ni avocat ni député, pas même maire de son village. Il ne lut qu'un homme heureux; mais, durant trente ans, son bonheur rayonna comme uu soleil sur ces campagnes. Pas un coin de cette terre qu'il n'ait embelli ou fertilisé. Il a couverl coteaux de pampres, ces champs de blés, CCS vergers de fruits. Après avoir écrit avec la bêche et la charrue des poèmes qui ne périront pas, il doit en pais sous les arbres qu'il a plantés, et les paysans gardent pieusement sa mémoire. Tel est le sort que j'envie ; mes
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ambitions ne vont pas an delà, et, quelque fatal qu'il ait été, je ne me repens plus de l'essai que je viens de faire, puisque je lui dois d'avoir entrevu de bonne heure et compris le vrai but de ma destinée.
Tu le vois, me voici tout près d'emboucher les" pipeaux champêtres ! Paris m'a fait amoureux de l'égloguo. A ce compte , tu devines aisément l'emploi de mes journées. Jusqu'à l'heure où le facteur de la commune passe devant ma porte, je suis triste, inquiet, tourmenté. Quand je l'aperçois de loin avec sa boite en sautoir, ses guêtres de cuir aux jambes et son bâton ferré à la main , mon cœur se serre. S'il me remet une lettre d'Ara belle, j'en brise le cachet avec humeur, et c'est un jour perdu pour la joie; mais qu'il passe sans s'arrêter, je sens aussitôt mes poumons qui se dilatent, l'air de la liberté qui m'inonde, et je pars plus léger qu'un faon courant sur l'herbe des clairières.
Je vais à l'aventure où me mène mon cheval ou ma fantaisie. Aujourd'hui pourtant, après t'avoir écrit, je pousserai résolument jusqu'au château de Mondcberre. L'histoire du château se cache dans l'ombre des temps féodaux : la châtelaine est belle encore, et sa des-