PREMIERE PARTIE
aller les étrangler tous deux. Enfin je me levai. Me voyant prêt à m'éloigner, M. de B. me demanda si j'étais venu à cheval. Sur ma réponse affirmative, il m'offrit de m'accompagner jusqu'à Peveney, car c'était son chemin pour retourner à Xantes. J'acceptai avec empressement. Le compagnon n'était guère de mon goût, mais il me souriait de ne le pas laisser au logis. ..Quoi! vous nous quittez sitôt! s'écrièrent madame de Mondcberre et sa fille en s' adressant au beau cousin. — Il le faut ; répondit Il de B. ; Pauline m'attend ce soir.» Je ne sais pourquoi ce nom de Pauline fut comme un rayon de soleil traversant la nuit de mon cœur. «J'espère, ajouta madame de Mondcberre, qu'à votre prochaine visite vous nous amènerez mon aimable cousine. » Je pensai qu'il s'agissait d'une sœur; le rayon s'effaça, mon cœur retomba dans sa nuit. Cependant nos chevaux attendaient dans la cour du château. Alice et sa mère se mirent à la fenêtre pour nous voir partir et nous envoyer le dernier adieu. I ne ibis en selle, nous les saluâmes de la main, et, comme nous nous éloignions au pas allongé de nos bètes, j'entendis madame de Mondeberre s'écrier: Gaston, embrassez pour moi votre femme! A ces mots je me sentis si
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léger, qu'il me sembla que la brise allait m' enlever comme une plume. 11 se fit en moi un de ces coups de vent qui balaient le ciel en moins d'une minute. Je me pris bientôt à causer avec M. de B. Je m'étais singulièrement abusé sur son compte. Durant le trajet de Mondeberre à Peveney, j'appris à le connaître et à l'apprécier. C'est un jeune liomme charmant, joignant aux plus nobles qualités de l'âme les dons les plus précieux de l'esprit. En arrivant à Peveney, nous étions déjà de vieux amis. Vous nous revenons à coup sûr.
Toile est l'histoire de ma journée. Je t'écris, comme l'autre soir, à la même heure, près de ma fenêtre ouverte. La nature est bonne, la solitude est douce. En cet instant, la lune éclaire le sentier où j'ai vu passer hier mademoiselle de .Mondeberre à cheval; qu'elle était belle, gracieuse et charmante avec sa jupe d'amazone et ses blonds cheveux au vent! on eut dit une jeune guerrière. Qu'ai-je donc aujourd'hui et d'où vient à mon cœur la douce ivresse qui l'inonde ? Abîme , abîme mystérieux !