‹ Madame de SommervilleChapitre 26 sur 41 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

main avec respect, i Tandis qu'ils parlaient , mademoiselle de Mondeberre était déjà dans Ifjardin , courant, légère et curieuse, le long de ces allées peuplées de son image, où r'ernand la suivait d'un regard surpris et charmé. Embellie par la présence dé ces deux aimables créatures, sa retraite s'anima tout à coup et prit une face nouvelle. Ce lut pour lui comme un avant-goùt dc> félicités rers lesquelles son âme tendait en secret ; il lui sembla qu'il faisait, pour ainsi parler, une répétition du bonheur, tyanl prié madame de Mondeberre de diner ;'i Peteney, il y mil tant d'insistance qu'elle \ consentit. (le fut le complément de la fête, et jamais favori recevant sa souveraine ne tressaillit de plus fie joie ni de plus d'orgueil que I'Yrnaml en voyant sous son toit, à sa table, tant de grâce et tant de beauté. F,a joie brillait aussi dans les yeux d'Alice, et madame de Mondeberre, heurense et recueillie, paraissait absorbée dans la contemplation de co^, deux jeunes gens; car, bien qu'il eût essuyé les premiers orages de la vie, r'ernand était encore dans tout l'éclat de la jeunesse. Le mauvais vent des passions avaii passé sur son front, comme sur son cœur, san> en altérer la punie. Il avait conservé tout le charme du jeune ftge, de même qu'il en avait

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encore le facile enthousiasme et tous les généreux instincts , si bien qu'en le voyant auprès de mademoiselle de Mondeberre, il était impossible de ne point fiancer par la pensée ces deux nobles et beaux enfants, tant ils semblaient créés l'un pour l'autre.

Quand l'heure fut venue pour Alice et sa mère de reprendre le chemin du château, Fernand s'excusa de ne les point accompagner. L'amour n'est que contradiction : loin de l'être aimé, il se consume et se dévore; en sa présence, il aspire à la solitude, comme si l'image et le souvenir étaient plus doux que la réalité. I ne fois seul, M. de Peveney s'abîma tout entier dans le sentiment de son bonheur. C'est surtout au sortir des passions tumultueuses qu'on se plaît aux chastes délices d'un amour jeune, honnête et pur. Fernand passa le reste de la soirée à chercher sur le sable la trace des petits pieds d'Alice, à s'asseoir eà et là où elle s'était assise, à baiser les objets qu'avaient touchés ses mains , à recueillir les débris de fleurs qu'elle avait effeuillées en se jouant. Puérilités charmantes ! adorables enfantillages! malheur à celui dont vous avez cessé d'être l'occupation la plus sérieuse!

Cependant que faisait Arabelle? Fernand ne

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se le demandait plus, Hien qu'il n'en fût pas encore arrivé au point d'égoisme et de philosophie où l'on se débarrasse d'un amour importun sans plus de souci que s'il s'agissait d'un vêtement passé de mode, tel est l'entraînement d'un amour qui commence et tel est le néant d'un amour qui n'est plus, que ce jeune homme, se jugeant hors de tout danger, s'abandonnait sans remords au charme de H passion naissante.

Le lendemain, lorsqu'il s'éveilla, le soleil entrait à pleins rayons dans sa chambre. Il se leva le cœur content et l'esprit joyaux. Il \ avait longtemps que la vie ne lui avait paru si légère. Il ouvrit la fenêtre et l'enivra de l'air du malin. Le farleiir, eu passant, lui remit une lettre de Karl Stein, quelques lignes seulement qui achevèrent de le rassurer, Sur le tantôt, il fit seller son cheval et se rendit à Ifonrieberre, ainsi qu'il s'y était engagé la veille. Il trouva au château M. et madame de H.... et quelques amis des environs, qui s'v, réunissaient chaque année, à pareil jour, pour fêter l'anniversaire de la naissance d'Alice.

Lorqu'il parut, au trouble de mademoiselle de Mondeberre, il M sentit le roi delà fête. Jamais la belle enfant n'avait été si belle qu'en

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ce jour, dans toute la fraîcheur de ses dix-sept ans accomplis. Fernand l'admirait à l'écart. Rien n'est si doux que devoir une jeune et noble créature entourée de chastes hommages, d'être soi-même mêlé à la foule, et de pouvoir se dire : — C'est moi qu'à l'insu d'elle-même son cœur, en s' éveillant , a choisi entre tous; c'est sous le feu voilé de mon regard que ce front se colore d'une aimable rougeur, .l'ai donné la vie à cette blanche Galathée ; c'est pour moi seul que ce lis a grandi; c'est sous mon toit qu'il achèvera de fleurir. — Telles étaient les pensées qu'en secret caressait Fernand, car il osait déjà la saluer dans l'avenir des noms charmants d'amante cl d'épouse, lorsqu'il reconnut, s' avançant à travers les arbres du parc, un de ses serviteurs qui semblait le chercher d'un œil inquiet et d'un air mystérieux. M. de Peveney se troubla.

En cet instant, il était assis près de madame de Mondeberre, à quelques pas d'Alice, qui s'entretenait avec sa cousine, tandis que M. de R. et le reste de la société, groupés cà et là, agitaient les affaires du jour dans une discussion générale.

Fernand se leva , lit quelques pas vers son serviteur. Celui-ci lui remit une lettre et se re-

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