‹ Madame de SommervilleChapitre 30 sur 41 · PREMIERE PARTIE. m · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. m

avec une altention sérieuse les caractère! de

l'adresse, il se préparait à l'ouvrir, il entendit le frôlement d'une robe dans l'escalier qui montait à sa chambre, et presque au même instant il se sentit enlacé par les bras d'une femme qui le couvrait de pleurs et de baisers, en s'écriant d'une voix éperdue :

« Fernand! mon Fcrnand ! c'est donc vous qu'enfin je revois ! Hélas ! j'ai bien pleuré, j'ai bien souffert.... Tous les spectres hideux, tous les pâles fantômes que l'absence traine avec elle, je les ai tous vus, dans mes nuits sans sommeil, s'abattre à mon chevet. Cruel, pourquoi ne venais-tu pas? et que tes lettres élaicnl froides! J'ai cru que tu ne m'aimais plus, injjrat, et j'ai souhaité mourir.... Tu soutirais aussi, mon Fcrnand ; ton cœur s'indignait de la ruse, et ton amour de la contrainte. C'était là le secret, n'est-ce pas, de les sombres emportements et de ton humeur irascible ? Je t'ai compris enfin! Mais, toi, comment ne coinprenais-tu pas que, sur un mot, sur un geste de toi, j'aurais tout quitté pour te suivre? Tu le savais, ton àme généreuse a voulu me laisser toute la gloire du sacrifice. Eh bien ! je suis venue, me voici! me voici désormais tout entière à toi seul. Parle-moi ; pourquoi me re-

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garder ainsi ? C'est la surprise, c'est la joie : moi-même , je ne me connais plus ; je ris, je pleure, je suis folle !

Ainsi parlant, riant en effet et pleurant à la fois , elle baisait les mains de Fernand et se suspendait, comme une liane, au cou du jeune homme, tandis que celui-ci, debout et immobile, blanc et froid comme un bloc de marbre, la regardait d'un air slupide et paraissait ne rien comprendre aux paroles qu'il entendait. Elle l'entraîna vers un divan qui occupait le fond de la chambre, le fit asseoir comme un enfant, et, s'agenouillant à ses pieds :

Te souviens-tu, lui dit-elle, d'un temps où ton amour ombrageux et jaloux t'irritait de n être pas pour moi la vie tout entière? Sois heureux , je n'ai plus que toi. \e t'effraie pas de ce que j'ai fait; surtout ne m'en remercie pas. Ce que je quitte ne vaut pas un regret : j'aurais quitté le ciel avec joie, si le ciel pouvait êire où mon Fernand n'est pas. Que n'estu pauvre , malheureux et proscrit ! Je ne sais que ta fortune qui soit de trop dans mon bonheur. Mais parle-moi donc, mon Fernand! dismoi que tout ceci n'est point un rêve, car ce rêve enchanté, je l'ai fait si souvent, qu'à cette heure même, à tes pieds que j'embrasse,

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