‹ Madame de Staël et Napoléon: Orné d'une héliogravureChapitre 1 sur 51 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

■ Je suis loin d'avoir toujours vu Napoléon sous le même aspect où il m'apparatl aujourd'hui. Mes opinions ont fait roule avec lui. a

Ce mot de Mme de Rémusat pourrait servir d'épigraphe à ce livre . Il pourrait se trouver dans Dix années d'exil ou dans les Considérations sur la Révolulion française. Il ne s'y trouve pas. S'il en faut croire Mme de Staël, après avoir payé au héros de Rivoli et d'Arcole le juste tribut d'admiration que méritait son génie, elle a tout aussitôt deviné en lui le tyran futur; elle a vu • Napoléon percer sous Bonaparte » ; elle a versé des larmes au 1 9 brumaire sur le sort de la Uberté ; elle s'est armée de pied en cap pour la défendre, et, pendant quinze années, elle a soutenu le bon combat, sans défiiillance, sans faiblesse; persécutée, errante, elle a été dans le grand silence, de l'Europe captive, la voix qui s'élève au nom des plus nobles intérêts de l'humanité, de la liberté, de l'enthousiasme, de la morale...

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Il PRÉFACE

C"c'st dans cetlo attitude qu'elle a voulu paraître aux regards de la posti'rité. A la postérité il appartient de rechercher si le portrait est de tout point conforme à l'original. On connaît le célèbre tableau de (jérard, rjui représente Mme de Staël coiffée du turban, les yeu\ brillants du feu do rinspiration, tenant à la main la légère branche de feuillage dont elle occupait ses doigts, quand elle charmait do son éloquence son auditoire attentif. C'est Mme de Staël, sans doute, mais Mme de Staël telle qu'elle apparaît au visiteur de passage, dans le grand salon de Coppet, oii en I8i4 aux fameuses réunions de Clichy. Ce portrait est trop académique ; il y manque un peu l'abandon, la fièvre, la passion, la vie, que sais-je? Delphine, Corinne. Il y eût perdu en noblesse peut-être; it eût gagné en vérité.

11 en est de même de l'attitude que Mme de Staël s'est composée à l'égard de Bonaparte. Comme le portrait de Gérard, elle laisse de parti pris tout un côté diïns l'ombre : les petits intérêts, les maladresses, le dépit, la rancune, l'intrigue, les faiblesses de toutes sortes. Puis, ce tableau — je parle des Considérations — est composé à distance et de souvenir; la lutte est tei^ minée; l'ennemi vaincu est enchaîné dans son lie, lointaine. Mme de Staël a-t-elle su résister au désir auquel d'autres ne résistent guère? Ne s'est-elle pas donné le facile plaisir de prévoir après coup tout ce qu'elle n'a pas pressenti à l'origine? N'a-t-elle pas voulu se faire pardonner certaines défaillances^ Elle a

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