PRÉFACE III
tout oublié, coquetterie, enthousiasmé, illusions; il n'est resté d'elle que la Némésis vengeresse.
Loin de nous la pensée de rabaisser cette femme illustre ! Elle reste un très grand talent — réservons le mot de génie — et un très noble cœur. Elle a réellement beaucoup souffert, souvent par sa propre faute, et souvent aussi victime de la tyrannie, victime surtout des temps où elle vivait, de la lutte sans merci engagée entre la France révolutionnaire et impériale et TEurope monarchique. Elle s'est souvent trompée; elle a été parfois injuste envers Napoléon, envers la France môme. Elle est femme, et très passionnée : très clairvoyante quand rien ne trouble son jugement, très aveugle quand la passion l'égaré.
Faire une enquête impartiale, raconter cette longue querelle, qui intéresse non seulement la femme la plus célèbre et le plus grand héros du siècle passé, mais aussi, par l'importance du conflit, l'humanité tout entière, faire œuvre de psychologue et de moraliste autant que d'historien, telle a été notre ambition ; tel est le but que se propose ce livre.
Les sources principales où nous avons puisé les documents originaux, inédits pour la plupart, qui nous ont servi à écrire cet ouvrage, sont : i' les Archives du château de Broglie; 2' les Archives de Coppet ; 3" les Archives nationales ; 4' les Archives du
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ministère des Afihires étrangères ; 5° le manuscrit inédit de Mme de Staël, légué à la Bibliothèque nationale par Mme Lenormant.
Nous adressons ici notre hommage de respect et de profonde reconnaissance à la mémoire du duc de Broglie, qui a consenti, en 1899, à nous recevoir à Broglie et à nous communiquer, par une. rare faveur, un grand nombre de lettres intéressantes adressées à Mme de Staël, en particulier celles de Joseph Bonaparte, de Chateaubriand, de Talleyrand, etc. Son fds aîné nous a continué cette bienveillance et nous lui en adressons nos respectueux et sincères remerciements. M. d'Haussonville a mis à notre disposition les manuscrits du livre De l'Allemagne, qui sont à Coppet, et a autorisé M. Albert Vandal à nous communiquer les lettres inédites de Necker à sa Olle pendant la période du Consulat, qui proviennent des Archives de Coppet : nous remercions M. d'Haussonville et M. Albert Vandal.
Aux Archives des Affaires étrangères, nous avons découvert un grand nombre de dépt^ches concernant Mme de Staël, en particulier celles de M. de Cabre, notre chargé d'affaires en Suède en 1812-1813, qui montrent sous un jour très curieux le rôle de Mme de Staël auprès de Bernadotte. Aux Archives nationales, nous avons pu consulter les nombreux rapports de police qui concoment Mme de Stai'I et compléter par de nouveaux documents ceux déjà publiés par M. Welschinger dans son ouvrage La Censure sous
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PBÉFACE V
le Premier Empire. MM. Aulard et Dejob ont bien voulu nous aider de leurs conseils et de leurs indications : nous les en remercions, ainsi que M. C. Salomon, à qui nous devons la traduction du 1res curieux passage de Pouchkine, concernant le voyage de Mme de Staël en Russie.
Enfin, parmi les nombreux ouvrages que nous avons consultés, il est juste de distinguer le livre si consciencieux de lady Blennerhassetl, qui reste, malgré quelques erreurs, la plus abondante source d'informations sur Mme de Staël, et les pénétrantes études de MM. Emile Faguet, Albert Sorel et Charles Dejob.
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