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Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inédits

En octobre 1790, dès que sa santé fut remise, M"* de Staël alla rejoindre ses parents à Coppet, qu'elle n'avait plus revu depuis 1784. Elle retourna à Paris en janvier 1791, mais pour revenir bientôt faire en Suisse un nouveau séjour de plusieurs mois. Elle trouva son père, contrairement à son naturel serein et enjoué, dans une disposition d'esprit mélancolique, dont il ne devait plus complètement triompher. La conscience des erreurs qu'il avait commises pendant son administration y avait peu de part; mais, par contre, la tristesse qu'éveillaient en lui les accusations de ses ennemis restait empreinte d'une douceur résignée qu'il puisait à des sources plus hautes que l'insuffisante philosophie de la plupart de ses contemporains. Son Cours de morale religieuse^ composé en ces années, se rattache à son livre sur Y Importance des opiniojis religieuses ; mais il prélude déjà à la réaction sur laquelle la prose de

Chateaubriand devait, dix années plus tard, jeter un incomparable éclat. Necker, à qui revient l'honneur de l'initiative, a de plus le mérite de ne s'être pas borné à prêcher son christianisme aux autres, mais de l'avoir pratiqué. On lui a reproché, à lui et à son école, de dire la vérité en pleurant, comme un message de deuil. * Au point de vue littéraire, le reproche est peut-être fondé ; mais il ne s'applique pas à la vie de Necker. Son existence à Coppet demeura active, utile et sereine, de plus en plus détournée des bruits du jour, et néanmoins pénétrée jusqu'au dernier moment d'une ardente sympathie pour tout ce qui se rapportait à son pays et à l'humanité.

Un témoignage éloquent de l'action bienfaisante exercée par Necker sur ceux mêmes qui ne faisaient que l'entrevoir, nous a été conservé par le comte Frédéric-Léopold de Stolberg. Pendant l'automne de 1791, celui-ci traversa la Suisse pour se rendre en Italie avec sa seconde femme, la comtesse Sophie deRedern. La comtesse visita à Genève son vieil ami, le naturaliste Bonnet. Stolberg, disciple enthousiaste de Klopstock et auteur d'un hymne qui célébrait le vingtième siècle comme celui de la liberté*, s'était rallié à la monarchie modérée, comme à la seule institution viable en Allemagne. Pour cette raison il honorait dans le ministre touibé de Louis XVI « l'ennemi de l'arbitraire, destiné à réconcilier l'ordre et la liberté » .

* Joubert, Pensées, II, 373.

* Geiichte der Brûder Christian und Friedrich Leopold Grafen x>u Stolberg, Carleruhe, 1783, 102-114.

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