CHAPITRE QUATRIÈME 3o
bïeii qa'H écrivît à Vienne et à Vérone les méixies choses que M"" de Staël répétait joumenement i Paris, il ne lui témoigna aucune indulgence ; il ne manquait pas, au contraire , de raconter à la cour impériale que f ambassadeur de Suède et sa femme étaient apparus dans la loge diplomatique de la Convention, à la fête anniversaire du 10 Août, (c Les ambassadeurs étrangers s'y trouvaient tous, dit-il, à Texception du seul comte Carletti. Le baron de Staël et sa femme y étalèrent leur impudence onlînaîre « . *
Benjamin Constant, lui aussi, avait fait pendant ce temps ses expériences, quoique d'une autre façon. Sous Finflucnce de ses amis les modérés, il écrivit contre les décrets de Fructidor trois lettres qui produisirent une telle sensation, que les comités royalistes saluèrent comme un des leurs le jeune homme qui peu auparavant se posait en partisan deTallien, et bâtirent sur sa collaboration future les plus vives espérances. L'auteur, épouvanté du sens prêté à ses dissertations, se lia avec le Girondin Louvet, connu par ses attaques perpétuelles contre la monarchie, les Bourbons et Robespierre, pour se réfuter luinaême à Taîde de cehii-ci. 11 fit plus et composa ptrar lot une phîlîppique contre les royalistes. Après que Lomret l'eut débitée à la Convention, Benjamin Constant eut le plaisir d'entendre dire dans le public que
Vienne j I, 280, 341, et Mémoires et correspondance, cïiés parThureaa-DaBgin, Roymléstes ei républkoins : La que»-. tiea de nocMLrehie ou de république.
^ Mail et du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, I, 290.
jamais l'orateur n'avait si mal parlé. Le début n'était pas heureux, et Benjamin résolut d'être plus prudent à l'avenir.
Le baron de Staël aussi, en dépit de toutes ses tentatives conciliatrices, restait menacé dans sa situation. Dans une lettre du 24 juillet, le duc-régent avait exprimé son mécontentement au sujet des négociations de son ambassadeur avec la République française, et tout ce que celui-ci put obtenir fut une modification du traité qu'avait rejeté son gouvernement. Sous sa forme nouvelle il garantissait la neutralité de la Suède, mais sans conjurer les dangers de guerre avec l'Angleterre et la Russie, et reçut enfin l'assentiment du régent. Le mécontentement de celui-ci à l'égard de Staël resta toutefois le même; il est attribué à d'autres causes que la politique par deux compatriotes de Staël, M. d'Engestrom, plus tard ministre des affaires étrangères à Stockholm, et Gustave de Brinkmann, son successeur à Paris. Ils déclarent tous deux avoir eu en mains la preuve que le régeut aussi bien que son confident Reuter h olm, qui lui aussi était maintenant indisposé contre Staël, comptaient sur des sommes importantes de la part du gouvernement français, pour prix de l'alliance de la Suède avec lui. Staël les avait annoncées, mais ne put les obtenir, ce qui lui valut une disgrâce que ses nombreux adversaires devaient bientôt mettre à profit contre lui.
Au milieu de toutes ces contrariétés, M"« de Staël conservait son égalité d'âme. Elle avait appris de bonne heure à ne pas rendre ses convictions respon-