CHAPITRE QUATRIÈME 3oi
ports personnels ; il laissait d'autant plus volontiers ses amis s'acquitter de celte besogne. * Staël reçut l'ordre d'éloigner sa femme de Paris. On avait tout motif de compter sur son empressement à obéir. Le 13 vendémiaire, en effet, il avait fait son apparition à la Convention dans la loge des ambassadeurs, une longue épée au côté, prêt, comme les 2 et 3 prairial, à témoigner de son dévouement au système en vigueur et à ses représentants, qui avaient pour lu tour à tour des acclamations et des insultes. ' Cette fois encore il se prêta au désir de la Convention et détermina sa femme à se retirer à Saint Gratien, ancien séjour de Catinat. Mais cet endroit si proche de Paris répondait d'autant moins aux vues dn Comité de salut public, que M"* de Staël ne prétendait pas renoncer au privilège d'ouvrir sa maison aux fugitifs de tous les partis. Le comte Adrien Lezay de Marnésia s'y tint caché, et quand elle-même reçut du gouvemementrordre de quitter immédiatementla France, elle sut intéresser M""* Tallien en faveur de Lacretelle menacé de la déportation.' Comme elle paraissait hésiter à partir, le baron de Staël reçut l'ordre formel d'obtempérer dans un délai de dix jours au décret du gouvernement. Il se rendit alors au Comité de salut public, pour protester contre une mesure arbitraire et qui portait atteinte au droit des gens.
* * Œlsner, Ecrits politiques d'Emmanuel Sieyès, 1796, préface, 1, 108-109.
^ Biographie universelle, article de Michaud jeune.
' Lacretelle, Dix années d'épreuves pendant la Révolution, 267, et Testament philosophique et littéraire, II, 71.
Mais il parla sans vigneor ni dignité, et quand îl se fut retiré, Boissy d'Anglas ne manqua pas de remarqoer que Staël, rais en demeure d*opter entre sa femme ei sa potion officielte, saerifieraît plutôt la première ; il ajouta tontefois qti*il continuait à mériter toute sorte d'égards en sa qualité de représentant de la politique du régent de Suède, qui, à Topposé du parti russe à Stockholm, restait MAemeût attachée à la France. Offenser son ambassa(>eur dans la personne de sa femme, ce serait commettre une lourde faute, qui pourrait entraîner le rappel de œ diplomate.
Le Comité, qui ne trouva rien à objecter à ces rai-sons, déclara son décret nul et non arenu, et chargea la section des affaires étrangères d'arranger la chose. *.
Pas plus que le camp jacobin, le camp royaliste n'était content de M"* de Staél. BfaUel du Pan n'avait pas jugé autrement qo'elle-Eïéme lattitode des sections et les événement-* de Vendémiaire. Apre» Quiberon, il voyait Tunique et dernier point d'appni de la Convention dans la crainte générale où Ton était d'une contre-révolution amenée par la violefice et dans la haine contre les émigrés. Il conseilla, comme M"* de Staël, la résistance morale et légale, la nM)dération, et écrivait encore le 23 septembre qne tout mouvement royaliste n'aurait d'autre conséquence que d'accroître la force des adversaires et d'ajotirner indéfiniment les espérances monarchiques. * Maig
* Thi bandeau, Mémoires, F, 236 et sqq.
5 Mallet du Pan, Correspondance inédite avec ia cour de