CHAPITRE SEPTIÈME b
les âmes, mais sans se manifester au dehors sous une forme délicate et distinguée ; comme dans les œuvres de Jean-Paul, on y trouvadt le sublime auprès du trivial, et Ton ne pouvait comprendre comment un peuple au génie si noble et si profond était en môme temps insensible à la grâce et àTharmonie des choses extérieures.
Ces premières impressions d'outre-Rhin étaient de nature à provoquer la tristesse, le découragement peut-être. M"* de Staël ne pouvait avoir qu'un vague pressentiment de ce que lui réservait l'AUemagnei tandis qu'elle souffrait douloureusement de l'iniolérable injustice et de la persécution tyrannique que lui infligeait Bonaparte. Mais, ainsi que l'a dit le Dante :
Or tu chi se', che vuoi sederea scrannna Per giudicar da lungi mille miglia Gon la veduta corta d'uua spana?
Si le voile de l'avenir s'était soudain déchiré à ses yeux, elle aurait reconnu qu'à ce prix seulement elle obtenait sa délivrance intellectuelle, le plein essor de ses facultés, que devant elle s'étendait un monde nouveau, immense, inexploré, et que le chemin qui y conduisait était véritablement pour elle un chemin de Damas.