‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 273 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

blissait, grâce aux soins de Sœmmering, et que Benjamin Constant, qui était parti, revenait en toute hâte à la nouvelle de cette maladie passer quelques jours à Francfort, * arriva de Rome Tannonce de la mort de M"« de Beaumont. On trouve dans les Mémoires (T Outre- Tombey à côté de beaucoup d'autres, la lettre de condoléance adressée par M"" de Sta«^l à Chateaubriand.

« Ah I mon Dieu, my dear Francis », lui écrivaitelle, « de quelle douleur je suis saisie en recevaut votre lettre I... pouvez- vous, pouvez-vous me parler d'opinions différentes sur la religion, sur les prêtres? Est-ce qu'il y a deux opinions, quand il n'y a qu'un sentiment? Je n'ai lu votre récit qu'à travers les plus douloureuses larmes. My dear Francis^ rappelezvous le temps où vous vous sentiez le plus d'amitié pour moi ; n'oubliez pas surtout celui x où tout mon cœur était attiré vers vous, et dites- vous que ces sentiments, plus tendres, plus profonds que jamais, sont au fond de mon âme pour vous. J'aimais, j'admirais le caractère de M"« de Beaumont ; je n'en connais point de plus généreux, de plus reconnaissant, de plus passionnément sensible.

... Donnez-moi une place dans votre vie. Je vous admire, je vous aime, j'aimais celle que vous regrettez. Je suis une amie dévouée, je serai pour vous une sœur. Plus que jamais je dois respecter vos opinions :

* Benjamin Constant, Lettres à sa famille. Revue internationale, 10 mai 1887, 372. A M™' la comtesse de Nassau Francfort, 30 novembre 1803.

Matthieu, qui les a, a été un ange pour moi dans la dernière peine que je viens d'éprouver... Est-ce que vous ne sentez pas que mon esprit et mon âme entendent la vôtre et ne sentez^vous pas en quoi nous nous ressemblons à travers les différences? ». '

Tandis que les pensées de M"« de Staël revenaient à la défunte, Yillers lui refusait un service d'amitié, <« sous des prétextes futiles », croyait-elle ; dans la situation où elle se trouvait elle en souffrit d'autant plus, qu'au témoignage de sa cousine elle ne se résigna que tard à l'idée qu'on pouvait comprendre et pratiquer l'amitié d'une façon différente de la sienne. *

L'Allemagne aussi, vue de la portière de sa voiture par une froide journée de décembre, lui offrsdtplus d'une déception. Les salles enfumées d'auberge, avec des poêles énormes, autour desquels séchaient des vêtements trempés, n*empèchaient cependant pas les ^sons importuns des pianos de pénétrer. Tout en convenantqu'elle avait tort de parler de choses qu'elle étaût encore absolument incapable de juger, l'Allemagne tout entière, à de certaines heures, lui paraissait ressembler à une de ces salles enfumées ; on y faisait de la musique, il est vrai, et la poésie sommeillait dans

* L'Auteur des Souvenirs de M™» Récamier, Coppet et Weimar; Af"« de Staël et la grande- duchesse Louise^ 326- 329. -— Chateaubriand, Mémoires d* Outre-Tombe^ II, 287.

« * M. Isler, Lettres posthumes de Charles de Villers. M»« de 8Uêi à Villers, Francfort et Weimar, 15 décembre iS03, 294.295.

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