‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 292 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

la sécurité que donne à cet âge le sentiment de la force et de la vie, elle s'abandonne au présent, se plaît dans la lutte et garde sa foi dans l'avenir. Sans doute, M"^ de Slaël se met en garde contre les factions ; mais elle trouve naturel qu'une génération qui passe de la servitude à la liberté craigne l'esclavage et redoute la tyrannie. Guibert ne voulait pas qu'on accordât au roi le droit de guerre et de paix. Contrairement aux royalistes modérés qui, d'accord avec Necker et Mirabeau, voyaient là une grave atteinte et une insulte aux prérogatives royales *, M"^'' de Staël se range en cette question du côté de Guibert et qualifie de « sages modifications » les changements apportés par l'Assemblée au projet primitif de Mirabeau.

Cette tendance progressiste s'accuse plus nettement encore dans un article publié sans le nom de M™*' de Staël, mais sorti de sa plume, et qui parut dans la feuille de Suard et Lacretelle, Les Indépendants. Il est consacré à la question de savoir où incline en fait la vraie majorité de la nation. Il décide cette question en faveur d'un juste milieu qui reconnaît, sans doute, la monarchie comme nécessaire, mais juge le retour à l'ancien ordre de choses aussi coupable qu'impossible, et trouve le salut dans le maintien d'une forte légalité telle que la voulait Mirabeau mourant, « pour sauver l'égalité et la liberté ». « 11 n'est plus que deux partis, les royalistes et les républicains y), dit M'"* de Staël ; « pourquoi tous les

* Necker, Du 'pouvoir exécutif dans les grands Etats, VIII,

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deux n'oseraient-ils pas se nommer ? Quels sentiments condamnent les républicains à l'hypocrisie et les royalistes au silence ? Pourquoi ne voit-on pas cesser ce contraste bizarre ? Pourquoi les uns ne sont« ils pas instruits par les autres?... Ces deux opinions politiques ne peuvent- elles pas être soutenues ? Y at-il du sacrilège dans l'une, de la servitude dans l'autre ? Le temps où l'on faisait une religion de la royauté n'est-il pas passé sans retour? Ne sommes nous pas arrivés à la considérer comme un système politique dont il faut peser les avantages et les inconvénients, comme de toute autre institution sociale ? Pourquoi tous les républicains n'osent-ils pas l'attaquer? Pourquoi les royalistes n'osent-ils pas la défendre? On la traite comme un préjugé, il faut l'analyser comme un principe * » .

Ce qui ressort très nettement de celte argumentation, c'est queM"*' de Staël n'eût pas trop regretté de voir le cours des événements décider contre la monarchie au profit de la république.

Ainsi se marquait la voie qu'elle devait suivre pendant la nouvelle phase de la Révolution, qui s'étend du printemps de 1791, à la veille de la fuite à Varennes, jusqu'au premier ministère de la Gironde. Dans cette période elle échappe à l'influence modératrice de son père, pour se laisser dominer par un autre courant d'idées et une autre personnalité. Cette déviation était indiquée et amenée non seulement par les

* A quels signes peut-on connaître quelle est Vopinion de la majorité de la nation ?

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