AVANT-PROPOS
Mme de Tencin na laissé ni journal ni mémoires; et l'on est obligé d'écrire sa vie avec ceux des autres. Elle l'a pourtant contée, et presque au jour le jour, dans des lettres sa7is nombre ; mais il en reste a peiiie cent : c'est là, du inoins, tout ce que j'ai su retrouver. Beaucoup, sans doute, subsistent encore dans des archives ou des collections particulières, et n'attendent, pour paraître, que le hasard d'une recherche ou la bonne volonté d'un possesseur. Quand toute cette correspondance éparse aura été reconstituée, si quelqu'un se rejiçontre alors j)our s'intéresser à la dame de Tencin, il pourra récrire ce livre, qui ne saurait se présenter aujourd'hui que connue un essai provisoire.
Paris, 23 Octobre 1908.
IN.-B. — Pour ne pas trop alourdir le bas des pages, en restant néanmoins précis dans une histoire dont il a fallu chercher les éléments mêmes à des sources très diverses, — j'ai essayé de simplifier les références : les chiffres entre crochets renvoient au n» des Appendices sous lequel le teste ou le livre cité à son signalement bibliographique; le chiffre romain désigne, sauf indication contraire, le tome, et le chitfre suivant la page ou le folio.
CHAPlTRi: PP.EMIEU
Nous l'appelons « la marquise de Tencin », et chacun sait qu'elle est la mère de d'Alembert. A dire vrai, elle n'était point marquise', et d'Alembert ne fut dans sa vie qu'un incident ou plutôt un accident. Ne la laisons ni trop « princesse » -, ni trop « mère de famille » : Glaudine-Alexandrine Guérin de Tencin, damoiselle, dame de la baronnie de Saint-Martin de l'île de Ré, doit rester pour nous ce qu'elle était pour Saint-Simon et pour Diderot, « la religieuse Tencin )>^, « la belle et i» scélérate chanoinesse Tencin »^, qui fit de son frère un cardinal ministre, de ses amis des académiciens, et de
1. Cf. à la fin du volume, Appendices, l'.la note sur Le mar- (juisal de Mme de Tencin.
2. Mme Geoffrio recueillit l'héritage de Mme de Tencin. dit Villemain, « comme une bourgeoise succède à une princesse » (Littérature française au xviii» siècle [148], 366).