‹ Madame de TencinChapitre 122 sur 200 · Anecdotes · texte numérisé non relu

Anecdotes

valeur. On en goûte mieux alors l'élég-ance un peu j)récieuse et le raffinement parfois trop subtil. Qu'on lise surtout Los Malheurs de VAmour. Ce n'est point un chef-d'œuvre, mais c'est une œuvre bien disting-uée. Le lecteur moderne n'y sera point choqué par des anachronismes ou des travestissements ridicules. L' « histoire » en est absente, et les invraisemblances plus discrètes. L'intérêt dramatique y est médiocre, presque nul ; mais, au contact des événements, la mélancolie amoureuse y prend toutes les nuances; et la courbe des sentiments instables y est suivie d'un trait lég-er, délicat et sûr.

Ce qui lasse vite l'attention, c'est qu'on ne sent presque nulle part le frémissement personnel d'un tempérament ou d'un caractère. Les ingénieuses formules où se résume une situation sont des formules généralesqui peuventservir pour tous lescasanalog-ues, abstraction faite des individus; c'est la théorie ou, si l'on veut, la casuistique de l'âme, ce n'en est pas la vie. Elle « connaît le cœur humain », et s'en vante', « mais le cœur humain de qui « ? Elle sait quelle est la tristesse d'un amant, qui i)rend congé de sa maîtresse; mais la tristesse de Comminge, entrant chez Adélaïde pour la dernière fois, elle ne se la « représente » pas: « J'entrai dans sa chambre dans un état plus aisé h imag-iner qu'à représenter » ; — « J'étais pendant ce terrible récit dans un état plus aisé à imag-iner qu'à décrire »; — « Elle sortit et laissa le marquis de La Valette dans un état plus aisé à imaginer qu'à repré-

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