‹ Madame de TencinChapitre 172 sur 200 · IMPRESSIONS DERNIÈRES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DERNIÈRES

force, et pour « se soutenir dans l'imagination des liommes' ». Elle ne peut voir une volonté disponible, sans chercher aussitôt à l'accaparer et à la rendre sienne : elle a peut-être dépensé autant de génie pour faire la conquête de ses domestiques que pour séduire le Saint-Père; du pape à son dernier laquais, elle entend que personne ne se dérobe à sa main-mise; elle veut « l'affection », c'est-à-dire le dévouement intég-ral, de tous ; et, quand on ne la hait pas, on « l'adore », c'est-à-dire qu'on devient sa chose, et qu'on est heureux de l'être^. Elle méprise les femmes, mais elle s'en sert, et conseille de s'en servir, « parce qu'au moyen des femmes, on fait tout ce qu'on veut des hommes^ » ; son plaisir est de marier les gens, pour faire deux prises d'un seul coup; elle aime surtout les mariages difficiles, qu'il faut emporter de haute lutte; quand elle a dit: « il vous épousera, j'en fais mon affaire », ou « laissez-moi faire, je lui parlerai », c'est presque chose faite* ; souvent l'utilité immédiate est nulle, mais sa virtuosité de femme « d'affaires » y trouve une satisfaction. Si elle a décidé la conquête d'une amitié, on se défend malaisément contre elle; et son accueil, toujours cordial, appelle et retient la confiance. Elle s'est donné pour règle de ne jamais rebuter personne, parce

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