IMPRESSIONS DERNIÈRES
toutes les femmes qui Tont connue, bien peu l'ont approchée sans effroi ; beaucoup lui ont rendu en haine ce qu'elle leur donnait en mépris : la « bonne » Mile Aïssé elle-même la « détestait >>, par une instinctive répug-nance d'âme féminine'. C'est que Mme de Tencin était très peu femme; Marivaux disait déjà que « son esprit n'avait pas de sexe », façon galante d'insinuer qu'elle avait l'esprit masculin-. Nulle tlatterie ne dut lui être plus douce : elle soutenait à ses amis que les hommes l'emportaient en tout sur les femmes^; et nulle femme, je crois, n'a souffert davantage de n'être pas homme. Du moins, a-t-elle attaqué la vie en homme, et senti, comme bien peu d'hommes, la mâle volupté de l'effort. Si elle a aimé son frère dun amour si passionné, c'est que cette volonté molle n'était qu'un instrument dans ses mains, qu'elle s'était incarnée tout entière en lui, et qu'elle goûtait avec lui l'illusion de la lutte virile. Par cette puissance d'action qui étonnait Goethe *^, par cette affirmation robuste, et jamais découragée, de sa passion et de- son vouloir, elle a conquis chez ses amis une estime, je dirais même un respect, qui sont aujourd'hui encore le meilleur de sa fortune; beaucoup ont éprouvé devant elle une admiration d'artistes, à la fois attirés et inquiétés par cette « rare créature^ » : v< Elle avait, dit Marivaux, une âme forte, courageuse et résolue, de ces âmes supérieures à tout évé-