‹ Madame de TencinChapitre 18 sur 200 · Saint-Simon. Mémoires · texte numérisé non relu

Saint-Simon. Mémoires

3. Mémoires de Richelieu [130 A], III, 2'.J; Trublet [112], 208 : « M. (le Fontenelle y a logé (au Palais-Royal) jusqu'en 1730 ».

4. Mémoires de Richelieu [130 A], 11,244; Mémoire pour servir, etc. 102], 15; Raynal [103], I, 385; cf. encore la chanson citée plus

haut à propos de Bolingbroke.

5. « Il dit qu'il n'aimait pas les p qui parlent d'affaires entre

deux draps » (l)uclos, Mémoires secrets, [120], 419).

retomba — on ne sait exactement — « du maître au valet ». Ce fut pour toute la famille une profitable chute. Quelques jours avant sa mort, le cardinal Dubois, qui venait de recevoir de Rome les dernières dépêches de l'abbé de Tencin, essayait encore de badiner avec sa sœur: « Il n'y a rien de plus malheureux qu'un pape, lui disait-il; le sérieux de sa place ne souiïre aucun adoucissement »'. Plus heureux qu'un pape, Dubois avait su se procurer une « place » plus accommodante, quoique « sérieuse » aussi; et Mme de Tencin avait été un des « adoucissements » de sa vie. D'abord prudente et presque secrète, leur liaison ne tarda pas à trouver une sécurité officielle dans la fortune croissante du ministre. La Tencin, dit Saint-Simon, devint alors « maîtresse publique w^, et le nouvel archevêque de Cambrai eut en cette ancienne religieuse une auxiliaire adroite et sans scrupule. Dans des Mémoires d'une véracité suspecte ^ elle apparaît comme la trop ingé-

1. Hénault, Mémoires inédils [107], 1998. — Dans un livre, d'ailleurs, très soigneusement informé et très doctement écrit [170], le R. P. Bliard, S. J. a essayé — souvent avec succès — de réhabiliter Dubois homme d'Iitat. Mais il entend aussi réhabiliter l'homme. Il le veut chaste et vertueux. Malgré tous les te.xtes qu'on trouvera rassemblés ici, et qu'il semble connaître, il nie sa liaison avec Mme de Tencin : « Il ne put, écrit-il (II, 271), entrer en rapport avec elle que vers 1714, alors qu'il était presque sexagénaire... Comment enlin, n'a-t-on jamais divulgué le nom de quelque fruit de ces unions si prolongées » ? On sera peut-être plus sensible à la candeur de ces objections qu'à leur force démonstrative.

2. Mémoires [79], 351-2 : « dominant chez lui à découvert, et tenant une cour chez elle, comme étant le véritable canal des grâces et de la fortune ».

3. Mémoires de Hichelieu [130 A], III, 302-308; cf. aussi HihUn- (jraphie, n° 35.

nieuse intendante des org-ies nocturnes et renouvelées de l'antique — Fêles d'Adam^ Fêtes des flagellants, — ([ue Dubois aurait org-anisées à Saint-Cloud pour amollir les énergies ou énerver les résistances du Rég-ent : une C/irdnique scandaleuse du genre humain, compilation ordurière, rédigée par elle, aurait olTert à l'imagination fatig-uée d'un prince toujours en quête de nouveaux plaisirs le programme multiforme des plus rares débauches qu'a enregistrées l'histoire. Et tout cela n'est pas impossible.

Des documents plus sûrs nous la montrent dans les milieux diplomatiques faisant de l'espionnage pour le compte du cardinal. Déjà par Boling-broke elle avait pu connaître les projets des Jaeobites; il semble même qu'elle ait servi d'intermédiaire entre le noble lord et le gouvernement du Rég-ent '. Mais ce fut surtout quand le chevalier Schaub- devint résident d'Angleterre à Paris (1722), et son frère, l'abbé, chargé d'affaires à Rome (1721), qu'elle pût être, entre les mains de Dubois, un précieux agent d'information, et, le cas échéant, un truchement dans les affaires anglaises.

A Rome, l'abbé faisait assidûment sa cour à celui qui s'intitulait encore Jacques III, roi d'Angleterre, mais que les Français appelaient plus familièrement le Chevalier de Saint-Georges, et les Anglais le Prétendant. Il avait su le circonvenir, lui et quelques-uns de ses

1. Dicllonary of national biofj rapluj , London, Smith, Elder, t. L, 181)7. p. 137 : « Bolinj^brokc liad carried on some indirect intrigues wilh him [le Régent] through Mme de Tencin ».

2. Sur le chevalier Schaub, cf. Vie du comte de Hojjm [lorij. 1, 230-2li>.

26 ^îAnA^tE de trncin.

intimes, comme le colonel et Madame Hay: « Il ne bougeait de chez le Roi, était de toutes les parties et g'ouvernait tout » '. I^e Tioi, « bonhomme » et sans défiance, bavar-dait devant lui avec abandon. L'abbé l'avait persuadé que celait lui, Tencin, qui lui avait valu le rétablissement de sa pension par le gouvernement français. A vrai dire, il cherchait surtout à récorner en la faisant passer par ses mains ^. Le Roi, qui voulait s'acquitter, lui promettait déjà le chapeau ^ : t> Serait-il possible, s'écriait le cardinal de Poligniic tout scandalisé, qu'après avoir trahi le Prétendant, il en retirât encore ce prix-là »?L'on savait bien, d'ailleurs, ipii profilait de la « trahison », ])uisque le roi Georges avait pris la Tencin sous sa protection*.

A Paris, la sœur de l'abbé vivait dans un petit cercle de diplomates dont elle était la reine, mais reine familière et g-aie. Elle appelait Schaub le Polit, et le comte de Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne, mon cher Grand. Elle-même s'appelait en plaisantant la femme de Schaub. Il est vraisemblable que le chevalier n'avait jioint de secrets pour « sa femme » '. Enfin elle était

Page 1