Arrest du Grand Conseil
58 MADAME DE TENGIN.
dépouilles de sa victime, sortit mourante de la Bastille: « La voilà innocente, disait-on, elle va mourir* » ! Elle ne mourut point, mais ne ressuscita pas sur le coup. Les eaux de Passy calmèrent un peu ses nerfs surmenés. A peine convalescente, accompagnée de son frère, elle partit en Dauphiné cacher leur victoire et chercher l'oubli^. Il fut lent à venir. Le scandale, énorme, avait, durant six mois, alimenté les conversations et les chansons parisiennes ; de nombreuses copies du testament avaient circulé dans le public^ ; on en avait parlé jusqu'à Londres^. Le verdict du Grand Conseil fit peutêtre plus de bruit encore que l'arrestation par le Chàtelel. On cria à l'acquittement par ordre. Après avoir lu les pièces du procès, « l'innocence » de Mme de Tencin apparaît évidente. Le coup eût été, d'ailleurs, trop g-rossier et trop naïf pour cette femme habile. Mais l'hypothèse de l'assassinat satisfaisait davanlag-e l'imagination toujours simpliste du public^ ; et le Président Bouhier traduisait le sentiment g-énéral, quand il écrivait à son ami Mathieu Marais le 12 juillet 1720 : « Il est difficile que la lessive du Grand Conseil n'ait laissé quelque tache à la dame de Tencin, que toutes les eaux de Passy n'efi'aceront point® ».
Cette tragi-comédie clôt définitivement la jeunesse
1. Marais, lettre à Bouhier du 12 juillet 1T2C[00BJ, III, 437.