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Siècle de Louis XIV, cljap. XXXVII, [70], XV, o

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et invitait les vrais fidèles àla défense de cette « Vérité » prosciite, sans se laisser effrayer ni par leur petit nombre ni par les attaques de l'ennemi. Que ce mandement ait été écrit par Soanen lui-môme ou par un certain abbé Cadry, théologien des appelants, la responsabilité en retombait sur M. de Senez. Son évèché appartenait à la province d'Embrun. Belle occasion, pour le docteur qui en était l'archevêque, de secourir la foi en dang'er. Il demanda, et la cour autorisa, la réunion d'un concile provincial, qui fut convoqué à Embrun pour le 10 août 17271.

Les Tencin avaient le sens familial : l'annulation des vœu.x. de la chanoinesse, la conquête de l'abbaye d'Abondance, le procès du prieuré de Merlou, la banque de larueQuincampoix, lesintriguesromainesde l'abbé, le suicide de La Fresnais, avaient été des affaires de famille. Le concile d'Embrun fut de même^. On en connaît l'histoire, et nous en avons les actes. Si l'on veut pourtant en goûter la saveur et l'esprit, mieux vaut ne point s'arrêter à la majestueuse parade que préside M. d'Embrun, et s'initier au travail souterrain, mais efficace, de la sœur.

A elle aussi, il fallait un masque de gravité pour son

1. Cf. la Relation de ce qui s'est passé dans le concile -provincial d'Embrun au svjel de la condamnation des écrits de M. de Senez et du jugement prononcé contre la personne de ce prélat, par M. l'abbé de Michel, secrétaire du concile, Paris, Mazières et Garnier, 17:28, 1 vol. in-4. L'abbé de Michel était une créature de Tencin; sa « Relation «est plus que tendancieuse.

2. Suite des nouvelles ecclésiastiques du 5 juillet 1128, [73], non paginée: « le concile d'Embrun est devenu une affaire de famille ».

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nouveau rôle de matrone : dans les couloirs d'un concile, elle se referait une vertu. Ce fut une vraie croisade, I [ u'elle prêcha partout avec la même conviction remuante et bru vante qu'autrefois le« Système ». Tout ce qui était sous sa main dut marcher pour la cause sainte, depuis son neveu, le chevalier de Tencin, dont elle fit son secrétaire, jusqu'à son professeur de philosophie, le P. Maniquet, provincial des minimes, jadis opposant de la Bulle, mais qui, mieux instruit par son ancienne lève, mit tout son « esprit », toute sa « littérature » au service du parti constitutionnaire, et se fit l'un des Ihéolog'iens attitrés du concile'. Elle obtint encore de plus étonnantes conversions: son médecin Astruc, qui déjà s'intéressait à l'exégèse, dut pour elle apprendre la théologie '\ et le vieil Houdar de La Motte la rapprendre.

Car il en savait quelques mots. Les chansonniers l'appelaient « moine défroqué »', parce qu'après son premier échec au théâtre, il s'était enfermé quelques semaines à la Trappe, et en était sorti sur le conseil de

1. Id. id. ; Suite des nouvelles du S décembre 41-28, p. 13-4, du :>■> février 17S9, p. 13 sq.

2. Cf. .Mme de Mimeure, lettre au comte de Iloym du l*"" avril 1731 15], II, 245: « Vos amis Tencin, La iMotte, Fontenelle et Astruc

sont très maltraités. On prétend que c'est ce dernier qui a fait le mandement de l'archevêque d'Embrun qui est écrit avec tout le fou et le fiel imaginables ». Ce mandement est sans doute « l'insiruclion pastorale de Monseigneur l'arclievêque-prince d'Embrun Il r un écrit signé de 40 avocats et intitulé: « Mémoire pour les

>((;«?•« Sainson, curé d'Olivet appelants, comme d'abus» (26jan-

\icr 1731). — Sur les préoccupations cxégétiques d'Aslruc; cf. jilus loin, chap. V, p. 183-G.

3. La Chimère Etnbj-unoise, chanson de 1731 [43 B], XVII, 333.

Rancé*. Il avait du goût pour les choses relig-ieuses, et en parlait congrùment-. Quatre ans plus tôt, on se le rappelle, il avait préparé pour le frère de son amie des « compliments >> et des « pensées » diplomatiques. Il devait prêter, cette fois, son éloquence et son onction à ce Père de l'Ég-llse improvisé. « Le fait est mémorable, écrira Voltaire ; un archevêque condamne un évêque, et c'est un auteur d'opéras et de comédies qui fait le sermon de l'archevêque » *.

Le concile s'ouvrit officiellement à Embrun, et officieusement à Paris, dans le salon de Mme de Tencin. C'est là que la pieuse comédie eut sa répétition g^énérale, et La Motte y donna lecture de tous les discours

1. Cf. Dupont, Iloudar de La Molle, Paris, Hachette, 1898, 1 vol. in-8, p. 3.

2. Tmblet [H2], 37S ; cf. Œuvres complètes de La Motte. Paris, Prault, 1734, t. VIII : Plan despreuves de la Religion, etc.

3. Ecrivains fratiçais du siècle de Louis XIV [70], XIV, 87 : Trublet, qui fut secrétaire de Tencin, est aussi afïirinatif [112J, 374: « Voici quelques ouvrages que je sais être de M. de La Motte:... lexhortation au peuple prononcée par l'archevêque d'Embrun le 16 août 1727 ». Cette exhorlalion a, d'ailleurs, belle allure, et Tencin put remercier sa sœur de la lui avoir procurée ; on en jugera par ce fragment d'exorde : « Que la présence de l'Esprit- Saint, qui va habiter parmi nous, fasse dans vos cœurs, la même impression qu'y fait le sacrement de nos autels, quand nous l'e.vposons à votre piété! Dans l'un de ces mystères, c'est un Dieu mort, qui vous rappelle à lui ; dans l'autre, c'est un Dieu consolateur qui vous instruit et qui veut se faire un temple de votre cœur. Dans l'un, c'est un Dieu qui vous a racheté de son sang; dans l'autre, c'est un Dieu qui vous sanctifie par sa grâce : également digne de toutes vos adorations dans les différents effets de sa miséricorde ». {Exhortation au peuple, prononcée par Monseif/neur l'archevêque d'Embrun, après l'Evanyile de la messe solennelle du Saint-Esprit, qu'il célébra le jour de la première aession du concile provincial, Grenoble, Faure, in-4, p. 2.)

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qui seraient prononcés deux mois plus tard et dans une assemblée plus sainte, par des bouches plus autorisées ' . Quand il mourut, en 1731, Mme de Tencin, prudente, s'en fut retirer chez lui tous ces brouillons compromettants, pour que le scandale ne devînt pas public''^. Le bon Houdar expia du reste son dévouement à la cause: les épig-rammes jansénistes lui furent cruelles; on rappela méchamment que toutes ces « lumières » partaient d'un aveug"le ; et Voltaire, en son Jansénius, « poème héroïque », édifiant et très austère, qu'il jug-ea plus sag*e de garder inédit, appelait les vengeances de l'Esprit-Saint sur ce « mercenaire auteur »,

qui, doublement aveugle et prophète menteur, à la fausse doctrine, à la noire cabale, prête sa voix servile et sa plume vénale '.

D'autres amis de Mme de Tencin travaillaient « à la noire cabale ». La « Chimère Embrunoise » a trois têtes, disait un chansonnier : Houdar, Fontenelle, Astruc\ Elle en avait cent. Ce concile était organisé comme une conjuration, comme un « brigandage »,

1. Brevet de la calotte pour M. de La Motte, à l'occasion de la. Relation qu'il a faite du Concile d'Embrun (1727) [43 B], XXXIX,

2. Marais, lettre à Bouhier du 31 décembre 1731 [66 B], IV, 328.

3. Il existe, à ma connaissance, plusieurs copies du Jansénius: deux à la Bibliothèque Nationale, [43 Cj, XIV, 461-8, XVI, 365-'.), et deux dans les collections de M. A. Gazier. Les vers sur La Motte (XVI, 36o) manquent dans la première copie de la Nationale et dans l'une de celles qui appartiennent à M. Gazier.

4. La Chimère Embrunoise [42 B], XVII, 333 (c'est Satan qui parle):

Tencin, dit-il, pour notre part, prête-nous tes suppôts célèbres, les Fontenelle, Astruc, Houdar.

sinvant le mot dés jansénistes. Les principaux « larrons » appartenaient à la môme « bande » : le « promoteur » du concile était l'abbé d'Hugues, le secrétaire, l'abbé Michel; je les retrouve tous deux parmi les visiteurs privilég-iés que recevait la prisonnière de la Bastille* ; et l'abbé Michel, on s'en souvient peut-être, se trouvait dans la chambre de Mme de Tencin, près de son lit, quand La Fresnais vint s'y suicider. Elle-même, du reste, payait de sa personne. Sa maison de la rue Saint-Honoré était devenue le bureau d'expédition pour les affaires du Concile. C'est de là que partaient les chansons, les petits pamphlets qui entretenaient ou réveillaient la curiosité du public. C'est elle qui les faisait imprimer à ses frais et en approvisionnait les colporteurs^. Il est probable qu'elle en rédig-eait ellemême quelques-uns; et j'imag-ine que V Avocat de province ou le Savetier Neutelet — celui qu'on appelait « le savetier de la Constitution », et qui savait si bien « resaveter la Bulle »' — n'écrivaient peut-être en leurs factums que ce qu'elle leur avait soufflé ; factums, d'ailleurs, bien médiocres, dont l'esprit, s'ils en eurent, est aujourd'hui évaporé, mais qui manifestaient la vitalité combative du parti*. C'est elle encore qui envoyait

1. Moreau, procureur du Roi, à M. de Launey, lettres des IG cl 28 avril 1720 [o8], 132-4.

2. Suite des nouvelles ecclésiastiques du 26 juin IISS [73], non paginée.

3. Sur ce savetier pamphlétaire, que patronnaient les évêques constitutionnaires ; cf. Les liahilants de Sarcelles désabusés au sujet de la Constitution Unigenitus, seconde liarangue à Monseigneur l'archevêque de Paris [43 C], XVIII, 44, sq.

4. « C'est de ce bureau (le bureau de Mme de Tencin) que sont parties les Lettres d'un avocat de province à M. Aubri et les

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toutes les semaines au gazetier de Hollande le bulletin tendancieux des travaux du Concile \ pour riposter aux accusations de la feuille janséniste, les Nouvelles ecclésiastiques. 11 faut lire la Gazette d'Amsterdam de septembre et octobre 1727 ; le lecteur édifié y trouvera quelques beaux morceaux d'éloquence sacrée et de nouveaux motifs pour louer Dieu en M. d'Embrun : « Le pape a écrit de sa main au président du Concile pour célébrer son zèle, pour l'exhorter à finir avec courag-eune affaire aussi importante pour la Religion... M. d'Embrun, s'est lavé victorieusement devant Soanen du crime de simonie... II a toujours, pour son calomniateur, toutes sortes d'égards et d'attentions... Malgré les outrages personnels qu'il a essuyés de sa part, il pratique sur lui les règles de la charité... M. de Senez lui-même ne peut résister à tant de vertu ; il déclare qu'il regrette ses injures, qu'il voudrait les laver de son sang. M. d'Embrun répond que les injures qu'il avait tâché de lui faire n'avaient pas altéré son cœur... Et M. de Senez part en exil dans la litière de M. d'Em-

Lellres du célèbre Neulelel, maître-savetier de Paris » (Nouvelles ecclésiastiques, n° cit.). — Il est inutile de s'arrêter à tous ces facluuis ; mais dans la Troisième lettre d'un avocat de province à M. Aubri, au sujet de sa dernière consultation en faveur de M. de Senez (B. N., L d* 1559), je note, p. 1, le passage suivant, qui pourrait bien avoir été directement inspiré par Mme de ïencin : « Jo connais plusieurs dames jansénistes, dont la piété est célèbre dans le parti, qui ont dévoré les premières pages de votre Consultation, mais dont le zèle s'est bientôt refroidi à la seconde partie, comme vous l'avez prévu, dès que l'attrait de la médisance a commencé de manquer ».

1. Suite des nouvelles' ecclésiastiques du 36 juin 17iiS [73], non paginée.

brun' ». Il est difficile de n'être point touché. L'auteur du Siège de Calais débutait dans la littérature par le journalisme, et savait déj<à en utiliser la puissance.

Les Tencin eurent donc leur sainte victoire, et Soanen fut rclég-ué dans une abbaye d'Auverg-ne. Le condamné octog-énaire supporta g-aillardement les anathèmes des « Pères » d'Embrun. Il vécut encore quatorze ans ; et les dévots de son parti allaient h la Chaise- Dieu, en pèlerinage, demander des miracles à « Jean, prisonnier de Jésus-Christ »-. Tencin revint à Paris se faire approuver par le Roi^ Mais à Embrun l'écho dé la montagne répondait au public:

Comment appelle-t-on partout celui qu'on a jugé dans le concile que présidait Tencin? — Saint.

Qu'obtiendra Tencin pour prix de son indignité? — Dignité.

l'arviendra-t-il au chapeau après ce procédé inouï? — Oui.

La confidence et l'agiotage ne lui nuiront-ils point? — Point.

Qu'est à ce prélat cette religieuse dévoilée de la conduite de laquelle tout Paris a été le censeur ? — Sœur^.

En dépit de « l'écho », il sembla tout d'abord que tant et de si beau zèle ne dût point trouver sa récompense. Les parlementaires, toujours jansénisanls, avaient protesté contre les décisions du Concile. Le 30 octobre 1727, cinquante avocats du Parlement

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