Raunié, Chansonnier historique [43 D], V, lM
AFFAIRES DAK(JE.\T, D A.MOUn ET U ÉGLISE. 71
écœurée. On vit donc, — chose inouïe, — un prélat conslitutionnaire exilé dans son diocèse pour avoir trop bien défendu la Bulle'. Cette disg-ràce le désig-nait presque pour le chapeau'^ ; et le saint pape Benoît XIII, que Tencin, semble-t-il, ne jugeait plus si fou', voulait aussitôt abriter sous la pourpre un évoque qui menait si vaillamment le combat pour une bulle de Rome. Sans l'intervention de Fleury, qui fit déclarer au Roi d'Ang-leterre que la France ne reconnaîtrait pas son cardinal, Tencin aurait eu sa récompense*. Au lieu de la barrette si désirée, il ne reçut qu'une lettre de son ami Lambertini, qui l'assurait que « l'illustre nom de Tencin serait à jamais en bénédiction dans les siècles à venir'^ »; l'exilé attendit avec résig^nation cet équitable « avenir ».
Mme de Tencin, qui g-oûtait peu la province, n'alja point à Embrun consoler l'archevêque de sa résidence forcée. Restée à Paris, elle rallia le parti autour d'elle. La Cour voulait le silence, sinon la paix: Fleury avait fait savoir qu'à la prochaine assemblée du clerg-é, les discussions sur le temporel seraient seules tolérées. Tout ce qu'il y avait de constitutionnairo dans l'épiscopat et chez les Jésuites s'enflamma. A toutes ces saintes colères, Mme de Tencin offrit son salon pour les y réchauffer, ce même salon où La Fres-
1. SuUe des nouvelles ecclésiastiques du :20 mai 17:29 [73], p. 1.
2. Id. id. « (Son Éniinence) ne voulait pas néanmoins le punir, de peur, disait-elle, de le faire cardinal ».