Lettre du 31 octobre 1731 [111], 7o, 1« 180 v
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nais et tant d'autres avaient passé •. L'illégalité de ces réunions en aug-mentait la ferveur : cardinaux, archevêques et jésuites s'y rencontraient secrètement, la nuit, en travesti, tout enfiévrés par ce pieux complot. Le cardinal de Bissy, M. d'Aulun, M. de Glandève, M. de Verdun, bien d'autres prélats, plus que respectables, jusqu'à « ce pauvre idiot mais saint évêque de Marseille, qui s'y laissa mener masqué en cavalier », se g"roupaient en petit concile autour de cette « papesse Jeanne ». « La Tencin », écrit Saint-Simon, était « devenue le pilier et le ralliement de la saine doctrine, et le centre de la petite ég-lise cachée, si excellemment orthodoxe - ». Dans ces nocturnes conférences, on travaillait à faire accepter du clerg'é et du public « la légende » de Grég"oire VII, nouvellement introduite dans le bréviaire comme un défi de Rome à tous les pouvoirs laïques^; on essayait de distraire M. d'Embrun, en poursuivant, d'accord avec lui, sa
1. Mémoire pour servir, etc. [102], 21; Suite des nouvelles ecclésiastiques du "26 juin nsi, du 5 juillet 17iS [73], non paginée.
2. Saint-Simon, Additions à Dangeau [78], 162; Matliieu Marai.s, lettre à Bouhiei- du 13 juin 1730 [66 B], IV, 137.
3. Par décret de la Congrégation des rites du 2b septembre 1728, le pape Benoit XIII avait accordé que l'office de Grégoire VII, tel qu'il avait été approuvé en 1719 pour l'ordre de Saint-Benoît, pourrait être récité par tous les réguliers et séculiers astreints à la lecture du bréviaire. Or. la fin de la deuxième leçon du Xl« nocturne: « Contra llenrici, etc fide ei data libei-avit>y, paraissait
impliquer la suzeraineté temporelle des papes sur les rois. Le Parlement de Paris fit supprimer dans les bréviaires la feuille qui contenait l'office de Grégoire VII, et tous les « appelants » en jirirent occasion pour faire campagne contre Rome ». Cf. Suite des nouvelles ecclésiastiques [73] des l''"' janvier, 3 février et 4 août 1730 ; l'icot [cf. n" 73], Année 1729, H, 51-3.
AFFAIUES D ARGENT, DAMOLMl ET D EGLISE. 73
campag-ne contre les appelants ; et l'on frondait Fleury et le Parlement, avec toutes les affectations d'un grand zèle ullramontain'. Si Mme de Tencin, loujoui's habile à se mùnag-er le [)Ouvoir, s'exposait pourtant à sa colère par ces dang-ereuses manifestations, ce n'était point sans doute mépris du siècle ou pure dévotion au Saint-Siège : — parmi ces soucis spirituels, elle n'oubliait point les choses de la terre, et défendait avec férocité ses rentes contre les retranchements-; — mais il n'était point mauvais que le frère, toujours aspirant au chapeau, continuât à se compromettre en la personne de sa sœur, et passât à la Cour pontificale pour un martyr de l'idée romaine'.
A l'autre Cour, celle de Versailles, cette agitation dévote finissait par exaspérer. La police se lassait d'espionner tous les jours les visiteurs de Mme de Tencin^. Le 1" juin 1730, presque à la veille de l'ouverture officielle de l'assemblée du clergé, le lieutenant de police lui fit savoir que, « Sa Majesté n'ayant pas lieu d'être contente de quelques liaisons qu'elle entretenait, elle ferait sag-ement de se retirer d'elle-même et sans éclat
1. Suite des nouvelles ecclésiastiques du /.5 juillet 1730 [73], p. 12: Marais, lettre à Bouhier du 13 juin 1730 [GC B], IV, 137.
2. (A propos (lu retrancl)eiiient des rentes viagères par Fleury) : « On a rendu à Mme de Tencin 300 livres. C est très peu de chose à proportion de ses rentes ; elle est furieuse ; cependant elle avait pris toutes les précautions imaginables ; elle voyait souvent M. de Machault, elle a écrit plusieurs lois au cardinal, et a fait agir ses amis, qui sont puissants; elle comptait sur le rétablissement de tout comme si elle le tenait : elle est de bien mauvaise humeur, etc. y (Lettre de Mlle Aïssé du 13 août 1728 [G8], 252).
3. Bouhier, lettre àMathieu Marais, 20 juin 1730 [67], I, f 332 v°.