‹ Madame de TencinChapitre 6 sur 200 · Maillefaud. Recherches hislorii/iies · texte numérisé non relu

Maillefaud. Recherches hislorii/iies

(lii'a leur ami Fontenelle, accoutume les enfants à croire ([u'ils y sont appelés » '.

Elle ne se sentait d' « appel » que pour le monde. Ne serait-ce point à son passé qu'elle aurait songé plus tard, en racontant l'histoire d'une novice, à qui la raison -tîule servait de vocation: « Deux années s'écoulèrent encore, et amenèrent ie temps où elle devait s'eng-ag^er: sa répugnance augmentait à mesure qu'elle voyait ce moment de plus près »? Elle dut alors, elle aussi, maudire les « injustes projets » de sa famille^; mais il fallut les accepter,... provisoirement du moins.

L'ancien régime finissant avait multiplié pour les ladettes de la noblesse ces précoces maisons de i-etraitc qui s'appelaient des abbayes, et dont les jeunes prisonnières, religieuses forcées, essayaient moins d'aimer Dieu que d'oublier le monde, qu'on leur interdisait. Pour beaucoup, ni l'oubli, ni même la résig"nation ne venait jamais. Jeunes et jolies, elles se le laissaient dire : « Si Votre Sainteté voyait Madame l'Abbesse de Chelles, répondait un jour l'abbé de Tencin au pape Benoît Xin,(iui se plaignait de la fille du Régent, — Elle aurait peut-être de la peine à la haïr^ ». Que d'abbesses on « avait peine à haïr », lorsqu'on les avait vues! Sous la pression de ces jeunesses mondaines, imparfaitement assag-ies et matées, les anciennes règ'Ies des couvents, jadis austères, fléchissaient, parfois même se brisaient, tjuand la mère Angélique voulut réformer l'abbaye de

I. Élo(/e du chevalier de Louville, Œuvres de Fontenelle, l'aiis, ■- limon ot Peylieux, 182a, 3 vol. in-8, t. II, p. 316. ->. Les Malheurs de l'Amour [34], 362-3, 392. 3. Tencin à Dubois 17 août 1723 [51], 649, l» 241 .

Maubuisson, l'abbcsse, Mme d'Estrées, sœur de Gabrielle, fit mettre la réformatrice à la porte, pistolet sous la g"org-e, par les jeunes gentilshommes installés avi monastère jiour le divertissement des nonnes*. Celle de Joye, Anne de Beauvillier, sœur du très pieux duc, accueillait avec tant de bonne g-râce le jeune marquis de Ség-ur, mousquetaire noir « parfaitement bien fait », qui tenait quartier à Nemours, près de l'abbaye, elle se laissait « charmer si bien par les oreilles et par les yeux », que ses relig-ieuses, quelques mois plus tard, la croyaient malade et priaient pour son rétablissement. L'abbesseleur annonçait qu'elle irait se rétablir aux eaux; mais elle avait mal pris ses mesures; et, à la première étape, dans une méchante auberg-e de Fontainebleau, elle accouchait sous les yeux gog-uenards de la valetaille^, i/histoire était, encore toute fraîche, quand la demoiselle de Tencin fut mise à Montfleury. Elle trouvera bientôt dans ces récents souvenirs une excuse, presque un encourag-ement.

Son couvent, où la règ-le de Saint-Dominique s'était faite plus accommodante, offrait un ag-réable asile aux filles de qualité que leurs parents invitaient à renoncer au monde. L'excellent cardinal Le Camus, qui ne vivait plus que de « ses chères lég-umes », et qui essayait d'oublier dans les austérités les plus dures ses libertinag-es d'antan"*, aurait voulu rétablir dans le monas-

1. Racine, Abréyé de V histoire de Porl-Hoyal. OEuvres complotes, édition Paul Mesnaid, Paris, Hachette, t. IV. 1865, p. 392-3.

2. Saint-Simon, Mémoires (1701), édition A. do Boislislc, Paris, Hachette, t. IX, 1892, p. 2-4.

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