Id., Id (1707), éd. cit., t. XV, 1901, p
Irre une discipline et une clôture plus exactes, disons plus « affreuses », pour parler comnne la noblesse delphinoise ' . Mais la résistance de toutes les grandes familles de la province et lo mauvais vouloir de Louis XIV avaient été plus forts que son zèle. Il avait dû céder; et, si les dames de Montfleury portaient encore sur leurs robes blanches le scapulaire blanc et le manteau noir des dominicaines, elles g-ardaient pour le reste une « honnête liberté ». Le lieu était charmant, et de Grenoble on y venait en promenade par la plus belle route. C'était alors, dans le jardin et dans les vignes du monastère, de libres conversations avec les parents et amis, des collations ofi'ertes aux visiteurs, des « concerts de voix et d'instruments », toute une vie facile, très séculière et presque « tliélémite »^ D'Alembert,
1. Dans sa protesluion contre l'ordonnance do Le Camus. Voici la fin de ce document, où se révèle un si curieux état d'esprit [41], Ifi!) : « Comme le monastère a été de tout temps rempli de filles de qualité et de familles nobles, surtout de la province de Daupliiné, pour lesquelles Humbert, dernier dauphin de Viennois, le destina, lorsqu'il en fît la fondation en 1342, ils [les nobles soussignés] sont très notablement mtérossés à empêcher une nouveauté par laquelle les jeunes demoiselles de la province pourraient être détournées d'entrer dans le monastère, soit pour y être élevées comme pensionnaires, soit pour y faire profession comme religieuses. L'honnête liberté, dont les dites dames ont joui jusqu'à présent, a toujours été un puissant attrait pour engager de jeunes demoiselles à renoncer au monde et à se retirer dans cette maison dont la clôture leur paraissait moins rude, et dans laquelle elles ne prendraient jamais la pensée d'entrer, si elle était aussi affreuse que M. de Grenoble l'a prescrite par son ordonnance, ce qui causerait un préjudice notable à toutes les familles nobles de la province ».
:2. Cf. le rappoi't du cardinal Le Camus après sa visite au monasière, le 12 avril 1683 [41], 92 : « Il apprit que ces dames sortaient
qui saura se faire ouvrir, lui aussi, « les portes du délicieux jardin » où sa mère s'était promenée tant de fois, qui saura y « parler d'amour » avec quelque « petite friponne » ' de pensionnaire, écrivait plus tard à une prieure de Montfleury: « Qu'il est digne d'envie le séjour que votre monastère présente à une âme bien née! Loin du tumulte des cours, tous vos jours sont filés de soie » - !
Ce n'était donc point « s'enterrer toute vive»^ que prendre un voile en cette accueillante maison. Ni laide, ni sotte, la jeune religieuse attira bien vite auprès d'elle la meilleure société de Grenoble ; et le parloir du couvent fut son premier salon. Quelques moines,
sans scrupule de leur maison pour aller dans une salle extérieure située sous l'appartement des confesseurs; qu'on les voyait du grand chemin se promener sur leurs terrasses, s'entretenant avec différentes personnes, pères, mères, l'rèi-es, sœurs, parents et amis; ce qu'elles faisaient aussi dans leur cour et leur jardin ; qu'elles donnaient à manger aux séculiers dans une salle extérieure, partageant même quelquefois leurs repas, sans parler des loncerts de voix et d'instruments; que, de pins, au temps des ^-endanges, elles allaient au petit Montfleury et dans les vignes situées hors de leur enceinte; il les y avait vues lui-même par oceasion, en passant par le grand chemin et en allant faire ses visites dans les paroisses voisines ».
1. Lettre à Mlle de Dol"", pensionnaire du couvent de Montlleury, s. d.. Œuvres de d'Alembert, Paris. Belin, 1822, t. V, p. 470. Cette lettre, ainsi qu'une autre à Mme de Saint-And"', religieuse, et deux à Mme de^l'"'. prieure de Montfleury (p. 460-471), a dû être écrite par d'Alembert pendant le séjour qu'il fit au château de Bouquéron. L'éditeur donne jiourla dernière de ces lettres la date de 1732. (|ui est évidemment fausse. Cette correspondance de d'Alembert avec les dames de Montfleury montre assez dans le couvent les infiltrations mondaines.