Lettre do Grenoble du 5 juin 173C
triomphe », écrit Saint-Simon '. Le mot paraît excessif. Il fut reçu, c'était assez.
(Juand on le vit bien installé dans « l'affection et l'estime » de Fleiiry-, on reprit espoir à Rome de lui obtenir le chapeau. Les premières insinuations officielles furent pourtant accueillies sans enthousiasme : « En mon particulier, écrivit Fleury au cardinal secrétaire d'Etat, j'estime et je veux beaucoup de bien à M. d'Embrun », mais le proposer pour la pourpre, c'est sous-entendre peut-être « que Sa Majesté a des vues plus élevées sur' lui... Je tromperais Sa Sainteté et Votre Éminence, si je lui disais que ce projet eût quelque fondement ^ ». Malgré ces prudentes réserves, le 25 février 1739, Tencin fut créé cardinal. Comme s'il voulait se faire pardonner sa barrette, il refusa de la recevoir à Paris avec la pompe traditionnelle. La chose se fit à Embrun sans g-rand fracas; et vite, le nouveau cardinal s'en fut porter à Rome sa reconnaissance et ses respects aux pieds du pape et du (( Roi d'Angleterre », son patron *. Plus que tout
d. Annotai ionti ù Danf/cau [78], lUS.
2. Lercari au canlinal Firrao, 25 juin 1736 [dll], 74, f» 231.
3. Lettre au canlinal Corsini, 12 décembre 1738 [Hlj, 73, ^«09-71.
4. Boutry [171], 126-136. A Ronio, les plaisantins ecclésiastiques réiligèrent en son honneur la « collecte » suivante, adressée à CléiaenlXII; elle témoigne de la réputation européenne de Tencin : « Sanclissime pater, qui, nova non tam sancli cardinalis promotion!, .X'terni sacrum collegium opprobrii contaniinasfi, fac ut novus cardinalis, onmium scelerum scilicet simonia\ confidentiie, usurœ, incestus labe potestate tua ablatus, ad supremum Gallia? ministerium pervenire dignetur, qui vivis et régnas et brevi moriturus es » [111], 75, f° 77.
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autre, il semblait convaincu que Sa Majesté n'avait point sur lui « des vues plus (Mevées ». Cette demireti-aite, modeste et dig-ne, sa sœur sans doute la lui avait conseillée. Elle se chargeait à la cour de ne point le laisser oublier, et de le rendre d'autant plus désirable qu'il était plus loin. Au moment où il faisait son entrée à Rome, le marquis d'Argenson le redoute déjà comme le premier ministre de demain : « sa sœur la Tencin, écrit-il dans son Journal^ est à Paris qui remue ciel et terre » ; autour d'elle quantité de « femmelettes », fontcampag-ne pour lui: le duc de Richelieu, les Belle-Tsle, les Noailles, les Molinistes zélés, tous ceux «qui se piquent de dévotion etd'ultramonlanisme », le Roi lui-même, « non par religion, mais par peur desjansénistes et des parlementaires », tous, avec plus ou moins de résig-nation, semblent croire qu' « il n'y a au monde que ce cardinal de capable de g'ouverner k; royaume après la mort du cardinal de Fleury ' ».
Tencin était venu à Rome remercier un jjape aveugle, qui se mourait. Dans le conclave qui allait s'ouvrir, il entendait bien jouer un rôle, un grand rôle. L'ambassadeur français, duc de Saint-Aignan* qui se ruinait royalement partout où il représentait le Roi, était à boutd'expédients et de crédit. Son universelle politesse, ses amabilités fastueuses n'avaient pu sauver sa réputation ; il était sans influence àla cour pontificale : Tencin le remplacerait officieusement d'abord, officiellement ensuite ; il aurait le « secret » du gouvernement français, il « ferait » le pape, et se referait une gloire. — Gela se