BISON
Maréchal fei^rant
MADAME DE TRÊVES lOo-
Trois chevaux étaient attachés dans le hangar au fond duquel se voyait une cheminée immense, à manteau noirci par la poussière, la fumée, la liniaille de fer.
Sous le manteau de cette cheminée luisait un feu de houille dont l'énorme soufflet de forge faisait jaillir des étincelles.
Deux palefreniers causaient avec les ouvriers qui ferraient un cheval de courses.
Le patron forgeait, les manches de sa chemise retroussées jusqu'au-dessus des coudes, le visage ruisselant de sueur.
L'apprenti faisait manœuvrer le soufflet avec une régularité automatique de pendule.
Georges mit pied à terre, et tenant son cheval par la bride il s'avança vers la forge.
En l'apercevant, le patron jeta sur le sol nu le morceau de fer qu'il travaillait, posa ses tenailles et son marteau sur l'enclume à deux becs appelée bigorne, et s'avança vers lui.
— Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur de Nerville ? — demanda-t-il au jeune homme qu'il connaissait.
— Mon cheval est déferré.
— Je suis à vos ordres, mais je serai forcé de vous prier d'attendre une demi-heure ou trois quarts d'heure ; — ici c'est comme au chemin de fer pour prendre ses billets... chacun son tour... ça fait que personne ne peut se plaindre.
— C'est trop juste... — Attachez Dick... — Je vais
me promener un peu dans la ville... — je reviendrai dans trois quarts d'heure...
— C'est ça, monsieur de Nerville...
Le maréchal ferrant prit les rênes du cob et les attacha à un anneau scellé dans la muraille,
Georges s'éloigna, battit le pavé pendant dix minutes, et finalement se dirigea vers un des cafés qui peuplent la grande rue.
Ce café, d'une apparence extérieure et intérieure très confortable, était séparé par une allée d'une pharmacie à laquelle attenait une boutique de libraire-papetier, dont le propriétaire joignait à ce double commerce celui des modes.
En passant devant la vitrine où s'étalaient des journaux de toutes sortes, des feuilles illustrées, des caricatures, Georges y jeta un coup d'oeil distrait.
Une pancarte placée au beau milieu attira son attention.
Elle portait cette inscription en gros caractères très lisibles :