‹ Madame de Treves (volume 3)Chapitre 4 sur 5 · BIEN MONTÉS ET BIEN ACHALANDÉS · texte numérisé non relu

BIEN MONTÉS ET BIEN ACHALANDÉS

A VENDRE A l'aMIABLE

S'adresser à la librairie même

— Ah ! çà, mais, —se dit le cousin de Max, — voilà qui ferait joliment l'affaire de Mariette... — Elle vivrait bien tranquille ici et pourrait joindre à la librairie le commerce des modes, comme la proprié-

taire actuelle... — La vie n'est pas chère à Chantilly, et un établissement de ce genre doit être bon marché... — Renseignons-nous un peu...

Il allait poser sa main sur le bouton de la porte pour ouvrir, mais il la retira vivement.

— Pas de bêtises ! — murmura-l-il. — Je dois éviter de me compromettre...

Et, après avoir pris le numéro du fonds de commerce à vendre, il entra dans le café.

Deux consommateurs seulement s'y trouvaient.

Georges se fît servir une absinthe et alluma un cigare.

Les deux consommateurs causaient.

— Ainsi, — disait l'un d'eux, homme de quarante ans environ, — ainsi tout est bien convenu ?

— Parfaitement... — répondit celui auquel on s'adressait, jeune homme qui paraissait âgé d'une trentaine d'années.

■— Dans quinze jours vous pourrez entrer en fonctions ?

— Oui, monsieur... — dans quinze jours je serai ici...

— J'ai absolument besoin d'un aide... — Je suis le seul pharmacien de Chantilly... — Les villages voisins m'envoient une clientèle considérable... — Depuis que moL élève m'a quitté par un coup de tête, je ne puis sufiire ù. la besogne et je me trouve sur les dents... — je compte sur vous...

— Monsieur, vous avez ma parole...

— Vous serez bien ici. — Je ne reviens pas sur la question des appointements an sujet de laquelle nous

sommes d'accord... — Vous serez libre le dimanche à partir de midi... — Le gamin qui fait les courses vous aidera au laboratoire, et au moins, si je suis obligé de faire une assez longue absence dans quelque temps, comme c'est probable, je partirai tranquille...

— Vous le pourrez, monsieur...

— Me ferez-vous le plaisir de rester à déjeuner avec moi? — Oui, n'est-ce pas?

— Bien volontiers, monsieur...

— Je vais dire à ma cuisinière de nous servir le plus vite possible, et vous pourrez retourner à Paris par le train de midi...

Le pharmacien paya les consomnfiations et sortit avec son aide futur pour entrer dans la boutique qu'une allée, — nous l'avons dit, — séparait du café.

Sur les vitres de cette boutique on lisait en lettres de cuivre :

GODELOT

Pharmacien de V^ classe Ex-interne des hôpitaux de Paris.

L'élève en pharmacie que M. Godelot venait de s'adjoindre pour entrer en fonctions quinze jours plus tard se nommait Jules Gordier.

Nous avons constaté qu'il paraissait avoir trente ans, mais il n'en avait en réalité que vingt-cinq.

Celait un joli garçon aux cheveux châtain clair, frisés naturellement au-dessus d*un front large. — Une barbe soyeuse, plus foncée que les cheveux et

soignée avec amour, encadrait un visage intelligent, aux traits réguliers mais fatigués.

Les yeux étaient bleus et très beaux, mais le regard manquait de franchise.

Jules Cordier, fort instruit quoique très paresseux, aurait dû être pharmacien depuis longtemps; par malheur il sacrifiait tout au plaisir.

Le billard, le piquet, l'absinthe, les femmes, le détournaient de son travail et l'empêchaient absolument de se créer une position.

S'il se décidait à \emr s'enterrer en province, ainsi qu'il le disait lui-même, c'est que le séjour de Paris devenait impossible, ses innombrables créanciers ne lui laissant plus une minute de tranquillité, et toujours quelques-uns d'entre eux étant aux aguets pour lui faire, en pleine rue, des avanies...

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