‹ Madame de TrèvesChapitre 23 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

minutes... — En le prenant vous arriverez à Beauvais à onze heures moins cinq minutes.

Le muet poussa un grognement sourd et tendit la main pour rentrer en possession de son ardoise.

Le guichet se referma.

Jacques regarda l'horloge de la gare.

Le cadran indiquait six heures trente-cinq minutes.

— Il n'y a que neuf lieues d'ici à Beauvais par la route... — se dit-il, — Stop les fera en moins de deux heures...

Sortant aussitôt de la gare il se remit en selle, et rendit la main au cob irlandais qui partit comme un trait.

A huit heures trente minutes Jacques l'arrêtait à Beauvais, à la porte d'une auberge, le conduisant à l'écurie, lui faisait donner sous ses yeux double ration d'avoine, et sortait de l'auberge en emportant l'objet de forme oblongue enveloppé dans une couverture.

A ce moment précis une voiture faisait halte devant la porte.

Une glace s'abaissa.

Une tête de femme parut à la portière.

L'aubergiste se trouvait sur le seuil.

— La prison de Beauvais, monsieur, je vous prie? — lui demanda l'inconnue.

— Sur la Grande Place, madame... au bout de cette rue.

— Merci, monsieur...

— Il n'y a pas de quoi, madame.

La glace remonta dans ses rainures et la voiture partit.

Jacques Hâbert avait écouté machinalement.

En entendant parler de la prison, il tressaillit et essaya de distinguer le visage caché sous une voilette, mais la voilette était trop épaisse, il ne vit rien.

Nous ne suivrons ni le muet, ni l'inconnue, et nous rejoindrons madame de Trêves et M. de Nerville.

Pendant le trajet de Chantilly à Beauvais pas une parole n'avait été échangée entre la jeune femme et son cousin par alliance.

Léonide, appuyant sa tête à l'angle capitonné du wagon, et les yeux clos, semblait dormir.

Elle était bien éveillée cependant, et son âme s'abandonnait à des pensées noires dont il nous parait superflu d'indiquer la nature.

Le train stoppa en gare.

— Nous sommes arrivés, chère cousine... — lui dit Georges.

Madame de Trêves descendit en chancelant, et M. de Nerville dut la soutenir jusqu'à la sortie où stationnaient plusieurs voitures.

L'une d'elles, — une calèche antique, —s'approcha.

Léonide s'assit sur les coussins poudreux et le cocher reçut l'ordre de toucher à VHôtel de lOise,

Les chambres étaient prêtes.

— Madame et monsieur dîneront sans doute?.,, — demanda l'hôtesse.

— Mon cousin dînera... — répondit madame de Trêves. — Je prendrai seulement, moi, un bouillon et un verre de vin de Bordeaux que vous voudrez bien me faire apporter dans ma chambre...

— Madame veut-elle monter tout de suite ?

— Oui.

— Je vais conduire madame.

L'hôtesse aida Léonide à gagner le premier étage et l'introduisit dans l'appartement retenu pour elle.

En en franchissant le seuil madame de Trêves jeta les yeux vers la fenêtre avec une sorte d'épouvante.

La maîtresse de la maison avait suivi la direction de ce regard qu'elle interprétait à sa guise.

— Oh! madame peut être bien tranquille... — ditelle vivement. — Madame verra le mieux du monde et sera contente... — C'est un peu cher, mais du moins les curieux en ont pour leur argent, et c'est le principal... — On dressera l'échafaud juste en face.

Léonide, en entendant ces paroles chancela, ferma les yeux et se sentit prête à défaillir,

Georges courut à elle, la fît asseoir et invita du geste l'hôtelière à se retirer.

La bonne femme obéit, ne comprenant absolument rien à l'effet qu'elle venait de produire.

— Eh bien ! chère cousine, comment vous trouvez, vous? — demanda M. de Nerville au bout d'un instant, en faisant respirer un flacon de sels anglais à la jeune baronne qui répondit d'une voix à peine distincte :

— Cela va mieux... — c'était une faiblesse passagère...— je suis tout à fait remise... 7— Maintenant, mon ami, laissez-moi, je vous en prie.

— Vous n'avez besoin de rien?

— De rien absolument.

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— Vous désirez rester seule?

— Oui.

— Cependant...

— Je le désire... je le veux... — interrompit Léonide. — Votre chambre, sans doute, est voisine de celle-ci?

— Les deux pièces se touchent, et voici la porte qui conduit de l'une à l'autre... — Les verrous et la clef sont de votre côté...

— Merci... — Je vous appellerai demain matin...

— A demain, chère cousine; je vous souhaite une bonne nuit...

Madame de Trêves ne répondit pas, mais un sourire d'une expression navrante vint à ses lèvres.

M. de Nerville se retira.

Aussitôt seule Léonide, lentement, s*appuyant aux meubles, se traîna vers la croisée dont elle écarta les rideaux, et appuya contre le vitragejson front brûlant.

Elle ne vit rien.

Des ténèbres opaques envahissaient la place ; — quelques pâles lumières brillaient à d'étroites fenêtres de l'autre côté.

Léonide demeura là, immobile, cramponnée à Tespagnolette, jusqu'au moment où une servante apporta un bouillon, un petit pain, une bouteille de vin de Bordeaux, plaça sur une table le plateau éraillé qui supportait ces diverses choses et demanda les ordres de madame.

— Je n'en ai pas à vous donner... — répondit la jeune femme.

— Faudra-t-il éveiller madame demain matin?...

— Non... — Je n'aurai pas besoin qu'on m'éveille... Je souhaite une bonne nuit à madame..,

— Merci...

La servante sortit et referma la porte.

Léonide but les trois quarts du bouillon que contenait le bol, se versa la valeur d'un demi-verre de vin de Bordeaux puis, tombant à genoux, enfouit sa tête dans ses mains et se mit à prier pour l'innocent qui le lendemain, au point du jour, allait mourir.

M. de Nerville, nettement congédié par sa cousine, était descendu au rez-de-chaussée.

Les émotions, quelle qu'en fût la violence, n'influaient point sur son estomac, aussi, quoique nerveux, agité, préoccupé sans savoir pourquoi, il avait grand appétit.

— Servez-moi vite à dîner... — dit-il.

— A table d'hôte ? — lui demanda-t-on.

— Non... — A une table à part, mais dans la salle commune...

Georges dévora, et pour chasser ses idées noires il but successivement une bouteille de vieux Saint- Emilion et une de Chambertin.

Ces libations corsées rétablirent l'équilibre dans son esprit; — il prit du café amplement arrosé de kirsch et de kummel, alluma un cigare et sortit pour faire un tour en fumant.

La ville, habituellement si calme, offrait ce soir-là une prodigieuse animation.

Depuis le matin les trains du chemin de fer, les vol-

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tures publiques, les carrioles particulières, amenaient de braves gens, curieux de voir couper la tête à un médecin qui avait empoisonné un de ses clients pour épouser sa veuve belle et riche.

Plus d'un de ces braves gens se disait in petto : — Ça n'était vraiment pas bête, seulement il fallait réussir !...

Les auberges et les cafés, bondés de monde, ne devaient pas fermer de toute la nuit.

Dès onze heures et demie du soir, la foule commençait à envahir la place afin de se trouver au premier rang le lendemain matin.

Son cigare fini, Georges regagna l'hôtel et monta dans sa chambre.

Sa fenêtre, comme celle de madame de Trêves, donnait sur la place.

Il l'entr'ouvrit.

On devinait la populace grouillant dans les ténèbres ; des bruits de voix montaient.

M. de Nerville referma la croisée et s'approcha de la porte communiquant avec la chambre à coucher de sa cousine.

Il appliqua son oreille contre cette porte ; il entendit des sanglots étouffés et de sourds gémissements.

— Comme elle l'aimait ! — se dit-il. — Comme elle l'aime!... — Dans l'état d'affaiblissement où elle est,

elle ne survivra pas au supplice de son adoré î — Elle est perdue pour moi ! — Par bonheur elle a fait son testament et ne m'a point oublié... c'est positif, puisque je le tiens de sa propre bouche... — La fortune me reste et c'est une fiche de consolation ! — Je vais être riche... très riche... je n'aurai pas travaillé pour rien I

M. de Nerville dont le bordeaux, le bourgogne et les alcools avaient complètement dissipé la mélancolie, se frotta les mains, se coucha, et s'endormit séance tenante.

Son sommeil qui dura quelques heures fut interrompu brusquement.

La foule entassée sur la place commençait à trouver le temps long, et manifestait son impatience par un murmure d'instant en instant grandissant.

Une clarté grisâtre, annonçant que le jour allait bientôt paraître, découpait la fenêtre en clair obscur sur les ténèbres intérieures.

Georges regarda sa montre.

Elle indiquait quatre heures du matin.

— Il est temps... — se dit-il.

Sautant aussitôt en bas de son lit il s'habilla rapidement et se mit à la fenêtre.

Des gendarmes à cheval contenaient à grand'peine le flot débordant des curieux.

Au milieu de la place on montait les bois de justice.

On entendait retentir en cadence les coups de marteau sur les chevilles de fer.

On voyait aller et venir les lanternes éclairant les^ aides du bourreau.

Georges sentit qu'un frisson passait sur sa chair et le glaçait jusqu'aux moelles.

11 attribua cette sensation à la température extérieure et referma la fenêtre en se disant :

— Brrrr !.... il fait frisquet ce matin ! — Deux minutes de plus et je m'enrhumais ! !

Dans la chambre voisine madame de Trêves, qui pas un instant ne s'était couchée, priait toujours, mais elle avait cessé de pleurer.

Hélas ! — ses yeux n'avaient plus de larmes !

Son doux visage offrait une pâleur de cire. — Ses lèvres elles-mêmes étaient blanches.

On sentait que la vie s'en allait de ce corps exquis...

Au crépuscule douteux succéda l'aube claire, puis le jour parut tout à fait.

Madame de Trêves, agenouillée depuis tant d'heures^ se leva péniblement et, réunissant toutes ses forces, réussit à traîner un fauteuil près de la fenêtre qu'elle^ ouvrit.

Alors elle se pencha sur la plac».

Elle vit la multitude houleuse.

Eîïe entendit les cris, les murmures, les ai^els.

Ses regards s'arrêtèrent pendant quelques secondes sur le flot mouvant et bruyant, puis ils allèrent plus haut et plus loin.

La pauvre femme aperçut alors, dans la brume matinale, les bras rouges de la guillotine;

Son corps frissonna, ses dents claquèrent.

Trop faible pour rester debout, elle se laissa tomber sur le fauteuil, ses mains cramponnées aux bras du siège, ses yeux attirés par la hideuse machine comme par un aimant irrésistible.

M. de Nerville frappa deux petits coups à la porte.

Léonide ne l'entendit pas.

Il posa la main sur le bouton de la serrure et le mit en mouvement.

La porte s'ouvrit.

Madame de Trêves ayant passé la nuit en prières n'avait, la veille au soir, ni fait tourner la clef, ni poussé les verrous.

Georges s'avança vers elle.

— Ma cousine... — lui dit-il.

Elle tressaillit, comme si la voix qui lui parlait l'éveillait en sursaut, elle se dressa et^ de sa main étendue désignant la place, elle prononça ces mots :

— C'est là qu'il va mourir..,, — C'est ici que je mourrai... — Dieu me fera la grâce de m'appeler à lui au moment où le bourreau assassinera Lucien innocent I.„

Puis elle resta debout, appuyée au montant de la fenêtre, et toujours regardant la guillotine. Cinq heures sonnèrent.

Il faisait grand jour.

— Ce devrait-être fini!... — pensait Georges. — Pourquoi ce retard? — Qu'est-ce qu'ils attendent?

A cette minute précise, et comme une réponse à la question que M. de Nerville venait de s'adresser, il se produisit sur la place un véritable tumulte.

La foule poussait de grandes clameurs et, au mépris de la consigne, faisait rage pour se rapprocher de Tech af au d...

En même temps retentissait ce cri dix fois répété :

— Garel garel

Un gendarme, excitant sa monture à coups d'éperon, fondait péniblement la vague humaine pour se rapprocher de l'escalier où se tenaient les aides de l'exécuteur. — Il leur adressa quelques mots, fit pivoter sa monture et repartit au galop , bousculant les curieux malavisés qui ne lui livraient point passage assez vite.

— De quelle mission ce gendarme était-il donc chargé? — se demanda M. de Nerville.

Le condamné ne paraissait pas.

Les clameurs de la foule énervée par l'attente se changeaient en imprécations et en hurlements.

Soudain le cousin de Max devint un peu pâle ; ses sourcils rapprochés creusèrent une ride au milieu de son front.

Les deux bras rouges de la guillotine venaient de disparaître...

On démontait les bois de justice...

Que se passait-il donc?...

Un bruit de pas rapides se fît entendre sur les marches de l'escalier.

La porte s'ouvrit violemment et Jacques Hâbert fit irruption dans la chambre.

L'expression de son visage était si rayonnante, un tel éclair de triomphe brillait dans ses yeux que Léonide,

ne sachant rien, mais devinant un immense bonheur, s'élança vers lui en poussant un cri de joie.

A ce cri répondit une exclamation d'épouvante.

Georges de Nerville reculait, terrifié, à la vue du procureur de la République accompagné du juge d'instruction et suivi de deux gendarmes.

Derrière eux venait une jeune femme élégamment vêtue et marchant à l'aide de béquilles.

Cette jeune femme était Mariette Mutel.

— Gendarmes, — commanda le procureur de la République en désignant M. de Nerville, — au nom de la loi arrêtez cet homme.

— M'arrêter, moi 1 — balbutia Georges. — Sous quel prétexte?... — Qu'ai-je fait? — De quoi suis-je accusé?

— D'avoir empoisonné votre cousin le baron de Trêves, et d'avoir tenté d'assassiner le docteur Lucien d'Harblay près de la troisième chaussée des étangs de Commelles ! répliqua le magistrat.

— Mensonges! Calomnies!

— Nous avons les mains pleines de preuves...

— Quelles preuves?.,.

— Le portefeuille enlevé à votre victime évanouie... Le rifle américain dont vous vous êtes servi... la breloque perdue sur le lieu du crime... la strychnine volée par vous chez le docteur et retrouvée dans un meuble de votre chambre avec le portefeuille... Enfin votre visite nocturne à la pharmacie Godelot où vous avez falsifié les écritures d'un registre.

— Je nie!...

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— Et moi j'affirme !I — dit Mariette en s'avançant. — Tu m'as trompé, gredin !.,. — Tu as voulu envoyer à réchafaud le docteur d'Harblay pour qui je donnerais ma vie !! — Je lui paye aujourd'hui ma dette de reconnaissance en le sauvant... — Quant aux quatre sous que tu m'as prêtés, non pour me servir, mais pour m'acheter, jeles payerai à toi ou à tes héritiers... je n'en ai plus besoin, j'ai fait un héritage...

Georges grinçait des dents et serrait les poings avec fureur. Le sentiment de son impuissance l'affolait, — il se voyait perdu...

— Emmenez cet homme... — dit le procureur delà République aux gendarmes qui ne se firent pas répéter deux fois cet ordre.

— Lucien?... où est Lucien?... — demanda madame de Trêves d'une voix mourante.

— Me voici... — s'écria le docteur en franchissant le seuil et en s'avançant vers Léonide, les bras étendus.

Léonide en le voyant sembla retrouver ses forces.

Elle fît deux pas en avant; — ses mains touchèrent les mains du jeune homme; — elle tomba sur sa poitrine et s'évanouit dans ses bras.

— Monsieur d'Harblay, — fît le magistrat, — je prends sur moi de vous laisser libre pendant la revision de votre procès... — Marchez la tête haute, car l'heure de la réhabilition est proche... — Guérissez madame de Trêves, et soyez heureux...

Un instant après il ne restait dans la chambre que Lucien, Léonide et Jacques Hâbert.

Sur la place, l'échafaud avait disparu*

La foule s'était dispersée.

La petite ville, tumultueuse pendant quelques heures, reprenait son apparence habituelle de calmSi et d'engourdissement.

Nous touchons au terme de notre tâche..

Il ne nous reste qu'à donner à nos lecteurs une courte explication, — devinée déjà par eux, — au sujet des faits qui venaient de se produire.

Nous avions laissé Jacques Hâbert s'éveillant sous le vieux hêtre où Georges de Nerville s'était mis à l'affût pour assassiner Lucien d'Harblay.

Les yeux du muet , fixés sur le gazon , avaient aperçu le culot de cuivre d'une cartouche brûlée , puis une cartouche intacte dont l'humidité du sol et les intempéries des saisons avaient profondément oxydé la douille du métal.

Frappé de la forme de ces objets, il les examina de plus près et découvrit, frappé en creux, le nom bien connu d'un armurier américain de New-York.

Cette découverte pouvait avoir son importance, car ni gardes, ni braconniers,- ne se servaient d'armes de provenance américaine.

Jacques Hâbert continua ses investigations et tressaillit en voyant accrochée à une branche sèche de la touffe de chêne, une breloque cassée formant cachet et portant un G et an N, gravés sur l'onyx.

G... — N... — Les initiales de Georges de Nerville !

Un doute terrible germa dans le cerveau du muet qui se dirigea vers Lamorlaye par la route de Coye.

Près de la gare il rencontra le cousin du baron Max. Son regard se fixa sur les breloques suspendues à la chaîne de montre.

Le cachet manquait.

— Celui-là est le meurtrier I — pensa Jacques. — J'en ai des preuves déjà et j'en aurai d'autres encore...

Arrivé à Lamorlaye, il alla droit au pavillon de tir aussitôt après le départ de Léonide et de son cousin, et compara les cartouches restées sur la table avec celles qu'il apportait, — Elles étaient identiques et portaient, comme la première et comme le rifle américain, le nom de l'armurier de New-York.

Jacques se dit aussitôt que M. de Nerville devait avoir volé le portefeuille.

Il courut au chalet, gagna l'appartement du misérable, força les serrures des meubles et trouva, non seulement l'agenda de Lucien mais le paquet de poudre de strychnine volé à Coye dans la vitrine du docteur.

Nous avons vu le muet partir à cheval pour Beauvais, en emportant ces pièces à conviction, y compris le rifle enveloppé dans une couverture.

A Beauvais le juge d'instruction, auquel il alla confier ses découvertes, comprit avec épouvante qu'abusé par de trompeuses apparences il avait fait fausse

route, et malgré l'heure avancée il conduisit Jacques chez le procureur de la République.

Mariette Mutel s'y trouvait déjà.

L'ex-cocotte , appelée en Bourgogne depuis deux mois pour recueillir un petit héritage, avait appris en arrivant à Chantilly ce qui se passait. — Trouvant plus que suspects les agissements de Georges, voulant d'ailleurs payer sa dette à Lucien dont l'innocence lui semblait certaine, elle était venue raconter au magistrat les projets de M. de Nerville et sa visite nocturne au registre de la pharmacie Godelot.

Ceci, joint aux révélations de Jacques, mettait en pleine lumière le crime tenté et le crime accompli.

Le procureur de la République n'hésita point. — Il télégraphia au garde des sceaux et reçut, à cinq heures du matin, Tordre de surseoir à l'exécution.

Quelques mois plus tard les bois de justice furent de nouveau dressés au milieu de la place de Beauvais, en face de V Hôtel de VOise^ et cette fois la tête du condamné tomba.

Ce condamné se nommait Georges de Nerville...

— Croyez-vous qu'il le méritait, celui-là ? — se disaient les uns aux autres les témoins de Texécution. — Des gredins comme ça, voyez-vous, il faudrait pouvoir les guillotiner deux fois I

La baronne Germaine est morte d'une congestion cérébrale très peu de jours après l'exécution de son excellent neveu.

Lucien d'Harblay et Léonide, mariés depuis six mois et fixés à Vevey avec madame d'Harblay la

mère, sont d'autant plus heureux qu'ils ont souffert beaucoup et qu'ils ont longtemps douté du bonheur... — Aussi leur bonheur sera durable comme leur amour...

Jacques Hâbert ne les quittera jamais.

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