‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 100 sur 139 · Archives du sénat · texte numérisé non relu

Archives du sénat

Je serais bien doublement charmée de voir arriver Pâques, puisque ce temps-là doit me procurer la consolation de vous voir ici, ce qui serait pour moi un plaisir des plus sensibles. Dieu vous amène bientôt en bonne santé que je regarde comme le plus précieux bien de la vie : si tôt qu'elle est perdue tout le reste est moins que rien, car souffrir de grandes douleurs dans un lit doré ou sous un toit de paille cela est égal suivant moi. Si Dieu voulait me rendre la santé, je la préférerais à la plus brillante fortune; mais nul n'a à choisir son sort. La volonté de Dieu doit être la règle de la nôtre, sans plainte et sans murmure, se soumettre à notre sort quel qu'il puisse être : voilà ce que je me propose de faire avec l'aide de Dieu le reste de mes jours; c'est ce qui fait que je vous passe sous silence toutes les injustices que l'on me fait, il faudrait des volumes pour vous en expliquer une partie. Et je prie Dieu qu'il vous conserve et vous rétablisse, et je vous supplie, mon cher Baron, de m'accorder toute la vie une petite part dans votre souvenir. Si vous lisiez dans le fond de mon cœur, vous vous trouveriez satisfait de mes sentiments à votre égard; protégez toujours une pauvre veuve infortunée i et donnez souvent de vos chères nouvelles; agréez les sentiments de ma reconnaissance à vos bontés et la respectueuse, etc.

La barone de Warens de La Tour.

Le notaire d'Evian n'avait pas touché un denier du prix de sa maison et n'avait pu se faire payer sur les quartiers de la pension déjà

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