Le duc de Wirteuiberg, correspondant de Rousseau
habitait on Suisse.
mage à ses vertus dont le prince d'Holstein que nous avons à demeure ici avec sa mère, m'a fait un précis; car je vous avoue que je ne connoissois ce prince vray philosophe que par l'almanach.
Si par hasard vous faisiez un voyage cet automne à Moirond, instruisez m'en, et je vous y irois joindre, présumant que le mérite de vous aimer, et celui d'être présenté par vous mon estimable ami, me seroit un titre suffisant pour être reçu avec bonté; ainsi ne manquez pas de me mander vos intentions sur cet article; je persiste toujours dans celle d'aller ce mois d'août à Arenthon, d'où je vais chasser les premiers jours de septembre dans une terre de mon neveu à deux lieues de Thonon, durant quinze jours. Si à peu près dans ce tems vous alliez voir votre duc, je m'y rendrois avec un plaisir peu commun puisque j'y verrois et connoitrois un grand sage, et y épancherois mon cœur dans celui d'un ancien ami et vertueux.
Adieu, j'attends ce doux moment impatiemment. Rien ne vous empêche de venir dans ma campagne près de Genève avec votre habillement, dès que vous n'y voudrez pas garder l'incognito. Enfin, arrangez-vous, je vous conjure, mon cher ami, pour que je vous voie dans le courant de cet automne, car vous devez vous rappeler que celle de Conzié est sur sa fin.
Lord Keith était alors en Prusse, auprès de Frédéric; le 10 février 1765, il écrit à Rousseau : « Je persiste dans mon opinion que vous quittiez ce pays ». Le 27 mars il lui mande qu'il a écrit au comte Sartiranne, à la cour de Turin, pour savoir s'il peut assurer au philosophe une retraite en Savoie. Il a écrit aussi à Venise d'où un de ses amis, membre du Con-
404 MADAMK DE WARENS
seil des Dix, lui a répondu que les États de la République étaient ouverts à Rousseau :
Nous avons l'État de Venise, la Silésie, l'Angleterre peut-être la Savoie, et Motiers si vous voulez y rester. Prenez du temps; rien ne vous presse plus.
Puis le 11 mai, milord Maréchal écrit encore :
11 faut rayer de notre compte la Savoie; j'ai réponse de Turin; n'importe, nous ne sommes pas embarrassés d'avoir des retraites l.
Jean-Jacques n'abandonne pas sans peine son projet. Le 1er août 1765 il écrit à M. d'Ivernois :
J'ai grande envie de voir M. de Conzié; mais, je ne compte pas pouvoir aller à sa terre pour cette année : j'ai regret aux plaisirs dont cela me prive; mais il faut céder à la nécessité -.
Pourtant, M. de Conzié, qui est à Arenthon, le convie de nouveau à venir l'y rejoindre :
D' Arenthon, ce 13 août 1765.
Quoique je sois ici depuis presque un mois, mon cher et respectable ami, je ne vous ai point fait part de mon arrivée, eu égard que j'ay voulu préalablement être délivré de ces embarras inséparables des devoirs de la
1. Jedn-Jacques Rousseau, ses amis et ses ennemis, t. II. p. 120, 121, 124.