Archives départementales, série C
nomination du trésorier titulaire, mais qu'il n'a trouvé personne ; puis, il ajoute :
Ne sachant plus où me tourner, j'ai jeté les yeux sur le sieur de Courtilles que j'avais député pour inspecteur aux travaux de Cujer? et lui en ayant fait la proposition il m'a répondu qu'il accepterait cette commission (de gérant) et qu'il se donnerait tous les soins pour la remplir exactement, mais étant étranger et ne possédant aucuns biens, il n'était pas dans le cas de donner une caution.
Le dit sieur de Courtilles est Suisse d'origine. Il a embrassé la religion catholique; il habite en Savoie depuis environ vingt-cinq ans, où il s'est marié et n'a point d'enfans. Sa Majesté lui fait payer chaque année de sa cassette secrète la somme de trois cents livres ' pour l'aider à subsister et c'est par ses ordres, que de temps à autre, je lui ai donné de l'occupation dans les différentes inspections pour les réparations de chemins, lui ayant toujours connu une activité et une conduite sans reproche.
Quoique par le tableau que je viens de vous faire du S1' de Courtilles, j'aie lieu d'être persuadé qu'il s'acquittera bien de cette commission pour mériter de plus en plus la continuation des grâces de Sa Majesté, le défaut de cautionnement m'étant cependant un obstacle à la lui donner, je vous en fais part, monsieur, pourm'aviser les déterminations convenables.
Cette proposition de l'intendant n'eut pas de suite, car le trésorier titulaire était déjà nommé au moment où M. Terraglio écrivait 2.
1. C'est par erreur que M. Dufour (Revue savoisienne, 1878), p. 70, a écrit 1 300 livres. La Table des Patentes aux Archives du Contrôle à Turin porte : « 1758, 29 Aprile. Courtilles (de) Rodolfo, Svizzero catolizzato. Trattenimento d'annue lire 300 » .
2. Par décret rendu à Turin le 28 janvier 1765, en faveur de Joseph-Thérèse Jacquier.
Voilà en faveur de Gourtilles un certificat d'une grande valeur. Toute gestion publique, même à titre provisoire, devait être garantie par un cautionnement; si donc l'intendant insinue à son supérieur qu'on pourrait s'en passer eu égard à l'honnêteté du candidat, alors surtout qu'il s'agit des deniers de l'État, c'est que vraiment Gourtilles était digne de toute confiance.
La bienveillance royale n'abandonna pas le protestant converti. Gourtilles fut en effet nommé inspecteur du château de Chambéry, en 1765 au plus tôt, puisque la lettre qui précède ne fait pas mention de cette qualité. Il n'en remplit pas longtemps les fonctions : il mourut à Chambéry le 18 février 1771, et son acte de décès le qualifie d'ancien inspecteur. On lit dans cet acte qu'il était âgé d'environ soixante ans. Sa femme Jeanne-Marie Bergonzy était morte elle-même deux mois auparavant, âgée à peine de trente-sept ans, ou pour parler comme le curé de Saint-Léger, d'environ trente-six ans et onze mois *. La précision que cet ecclésias-
1. « Le 11e décembre 1771, a été enterrée aux Augustins, (aujourd'hui Saint-Benoit) deUe Jeanne Marie Balgonzy (sic) native de la paroisse de St-Pierre de Moutiers, femme du
tique a apportée dans le calcul de l'âge de la femme fait supposer qu'il a bien indiqué exactement celui du mari. Si donc Wintzinried avait environ soixante ans le 18 février 1772, on devra croire qu'il est né en mars ou avril 1712. Il aurait eu ainsi deux ou trois mois de plus que Rousseau ; mais son acte de baptême découvert tout récemment ' prouve qu'en réalité il était plus jeune d'environ quatre ans. L'intendant général a donc eu raison de dire qu'il avait quitté fort jeune son pays puisque, en 1731 il n'avait pas encore seize ans. Le milieu, austère certainement, où il vivait ne
Sr Curtille, morte hier, munie du sacrement de l'Extrême- Onction, âgée d'environ trente-six ans et onze mois. Ainsy est. Signé : Alex, en. •> — « Le 19 février 1772 a été enterré aux Augustins Sr Jean Curtille, natif de Berne, converti à la religion catholique, apostolique et romaine, ancien inspecteur du château de cette ville, mort hier, muni de tous ses sacrements, âgé d'environ soixante ans. Ainsy est. — Sir/né : Alex. ch. » (Extraits des Reg. par. de Saint-Léger). 1. Par M. l'archiviste Agénor de Crouzaz, dans les registres de Lucens, paroisse qui dépendait de celle de Courtilles. Voici cet acte de baptême.
Jean-Samuel-Rodolph, fils de M. le châtelain et justicier Wintzenried de Courtilles et de mademoiselle Marguerite-Françoise, sa femme, fille de M. le lieutenant Jolys, de Grange et de Moudon, a été baptisé le 8 mars 1716. Parrains, M. le ministre Jean-Sébastien Clavel, de Cully et pasteur à Villarzel et M. le ministre Samuel Pillard, pasteur à Lucens et M. Jean-Rodolph Clavel, fils de M. de Sepey. Marraines, Marie-Marguerite-Françoise, femme de M. le lieutenant Fornallaz, de Sassel et d'Avenche, et madame Rose, fille de M. l'assesseur ballival Troiller de Moudon.
convenait pas à un garçon si turbulent. Il s'enfuit pour courir les aventures, et vint en Savoie auprès de madame de "Warens qui l'envoya sans doute, comme Rousseau, aux Catéchumènes de Turin.
Il avait deux frères dont aucun ne s'appelait Jacques-François, mais on en trouve un prénommé Jean-Jacques, né en 17 14 ; c'est vraisemblement le père de l'enfant baptisé à Chambéry le 11 septembre 1747 (voir chap. vin, p. 241), Samuel-Rodolphe Wintzinried leur père, ainsi qu'on le voit par l'acte de baptême du fils, était un fonctionnaire important du pays de Vaud; il fut marié deux fois, et à des femmes de fort bonnes familles.
Le vicaire savoyard, l'abbé Jean-Claude Gaime, s'était retiré à Rumilly vers l'année 1746. Nous avons rencontré sa signature dans divers actes publics intéressant les Oratoriens1, parmi lesquels se trouvait peut-être quelque compagnon d'études, et les Bernardines réformées. C'est ainsi qu'il assiste chez ces reli-
1. Yictor-Amédée II avait retiré l'enseignement aux oratoriens en même temps qu'aux jésuites en 1729. Les oratoriens de Rumilly étaient suspects de jansénisme.
ET JEAN-JACQUKS ROUSSKAU. 425
gieuses au contrat d'entrée en religion de mademoiselle Georgine Descostes le 9 mai 1759 *.
Il fit deux testaments, l'un en date du 28 octobre 1750, le second, le 15 octobre 1758. Aux vendanges, il s'en allait chez un ami, le notaire Descostes, à Vaux, à l'extrémité nord du canton de Rumilly, et lui dictait ses dernières volontés, avec la liberté d'un sage dont l'esprit et le corps sont bien portants. C'est encore ici l'homme de paix qui veut écarter toute cause de zizanie entre les siens.
Voici quelques-unes de ses dispositions testamentaires. Si on les compare avec celles de Jean-Jacques en 1737, on verra que celui qui emploie les formules les plus suppliantes n'est pas l'ecclésiastique.
L*an 1750 et le 28 octobre, au village du Fond paroisse de Vaux, a six heures après-midi, dans ma maison, par devant moi (Descostes) notaire royal... s'est constitué Rd sieur Jean Claude Gaime... prêtre... bachelier en théologie, ci-devant sous-prieur de la Royale Académie de Turin, lequel sain de bon sens, mémoire et entendement, jouissant d'une parfaite santé, pour ne laisser aucun différend après son décès entre ses plus proches a fait son testament... Et 1° comme bon chrétien s'est muni du signe de la sainte croix en disant : in nomine Patris et Fila et Spiritus Sancti. Amen... S'il meurt à Rumilly, il veut être enterré dans l'église des Révérends Pères