‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 17 sur 139 · Baptisé à Monlreux (pays de Vaud) le 17 janvier · texte numérisé non relu

Baptisé à Monlreux (pays de Vaud) le 17 janvier

2. On se souviendra que lorsque, en 1762, Rousseau vit qu'il ne pouvait écrire sans alarmer les puissances de l'Europe, il se mit à fabriquer des lacets qu'il envoyait aux dames comme un cadeau précieux.

58 MADAME DE WARBNS

et le mauvais souvenir que Jean-Jacques en emporta fut tel qu'il en oublia le merveilleux paysage qui s'étale au pied et en face de l'édifice. C'était le jardin de la Visitation, aujourd'hui jardin public, Annecy-le-Vieux, l'énorme Parmeland, la Tournette, la montagne de Veyrier, toute verte, et entre ses dernières pentes le lac bleu, la maisonnette sauvage où la tradition veut qu'il soit allé rêver souvent.

Il y a vingt ou trente ans, a dit monseigneur Magnin, on lisait encore le nom de Rousseau gravé dans l'embrasure de la chambre qu'il habita au séminaire.

En rappelant les prêtres qui furent chargés de l'instruire, Rousseau en dépeint un

A la figure effrayante et doucereuse... et dont les membres jouaient comme les poulies d'un mannequin... J'ai oublié son odieux nom... M. Gros me tira des griffes de ma bête et par un autre contraste enrore plus marqué, me remit au plus doux des hommes. C'était un jeune abbé faucigneran. appelé M. Gâtier. Je n'ai jamais vu de physionomie plus touchante. 11 avait de grands yeux bleus, un mélange de douceur, de tendresse et de tristesse qui faisait qu'on ne pouvait le voir sans s'intéresser à lui.

Rousseau prête ensuite à l'abbé Gàtier une aventure amoureuse à la suite de laquelle il

aurait été « mis en prison, diffamé, chassé ». Nous avons déjà dit que nous n'avions retrouvé aucune trace de cette affaire. L'on connaît deux abbés Gàtier, tous deux du Faucigny : l'un était vicaire à Cluses et y est mort en 1725 après une vie exemplaire; l'autre était professeur au collège de la même ville en 1735. Ce dernier a pu se trouver au séminaire en 1729 ou 1730, mais certainement il n'a pas été le héros ou la victime de l'aventure imaginée par Jean-Jacques '.

Le sentiment de son infortune 2 me revint quand j'écrivis Y Emile et réunissant M. Gàtier avec M. Gaime,je fis de ces deux dignes prêtres, l'original du Vicaire savoyard. Je me flatte que l'imitation n'a pas déshonoré ses maîtres.

C'est vrai, mais il fallait nous laisser le soin de le proclamer. Une telle ardeur à son propre éloge met le lecteur en défiance.

Jean-Jacques ne montra pas la moindre vocation pour l'état ecclésiastique et l'on dut

1. Lavorel, Cluses et le Faucigny, p. 171. — L'emprisonnement, même dans une prison ecclésiastique, ne passait pas inaperçu. Les prêtres arrêtés ainsi se défendaient avec énergie et trouvaient chez les magistrats de l'ordre civil un secours très efficace lorsqu'une injustice avait été commise. La tolérance était, du reste, assez large en Savoie.

Page 1