Registres paroissiaux de l'église Saint-Maurice à Annecy
2. Joseph- Auguste de Vidomne de Saint-Ange; il devint prévôt du chapitre en 1732.
66 MADAME DK WARENS
Elle m'a depuis avoué que le désir de m'éloigner
de Venture était entré pour beaucoup dans cet arrangement.
Le remède était pire que le mal. Rousseau avait alors dix-huit ans à peine, et vraiment il n'était pas prudent de l'attacher à la fortune d'un musicien ivrogne et épileptique. Il faut donc chercher ailleurs les motifs de l'empressement avec lequel madame de "Warens éloigna d'Annecy Jean-Jacques, si tant est quïl y ait eu là autre chose qu'une escapade du jeune homme concertée avec Nicoloz seulement.
Elle et ses commensaux pouvaient craindre que, une fois le maître parti, Rousseau ne voulût rentrer à la maison où il n'y avait pas de place pour lui et qu'il les gênât dans l'exécution de leurs projets. Ils se hâtèrent donc de s'en débarrasser. Anet s'empressa de serrer dans une boîte la musique du maître; tous les trois la portèrent comme ils purent jusqu'à Cran, à dix-huit cents mètres environ d'Annecy. Là, ils louèrent un âne que Nicoloz et Rousseau poussèrent devant eux jusqu'à Seyssel \ Ils y arrivè-
1. 11 y avait, et il y a encore deux Seyssel, l'un sur la rive gauche du Rhône, appartenait à la Savoie et au roi de Sardaigne; l'autre, sur la rive droite, était une petite ville
rent le jeudi saint et se reposèrent un jour chez le chanoine de Reydelet, curé de ce petit bourg. Le vendredi ou le samedi saint, ils allèrent à Belley où ils passèrent quelques jours agréablement. Ils parvinrent enfin à Lyon et y furent bien reçus « par l'abbé Dortan, comte de Lyon », c'est-à-dire par un chanoine de Saint-Jean de Lyon, appartenant à la famille des « Dortan », et qui, en vertu de son canonicat, portait, comme tous les autres chanoines de Saint-Jean, le titre de « comte de Lyon J » .
Rousseau abandonna lâchement le Maître.
Il en a fait le pénible aveu. Revenu en toute hâte à Annecy, il n'y retrouva plus madame de Warens; elle était partie pour Paris avec Claude Anet et M. d'Aubonne.
Nous connaîtrons bientôt le but de leur voyage, ce secret que Rousseau n'a jamais bien su; mais voyons ce qu'il fit lui-même à Annecy. En partant, madame de Warens n'avait pas fermé sa maison. Jean-Jacques dit formellefrançaise faisant aujourd'hui partie du déparlement de l'Ain. C'est de là que le coche partait pour Lyon. L'église de Seyssel (Savoie) était habituellement desservie par un chanoine de la cathédrale d'Annecy, dite de Saint-Pierre de Genève. 1. Il s'agit de Jean-François de Dortan, natif de Marterey en Dauphiné. Il est indiqué en 1738 avec la dignité de « chantre » du chapitre de Lyon (Arch. du sénat de Savoie).
ment qu'elle y avait laissé mademoiselle Merceret. Ce n'est pas là cependant qu'il alla frapper, ce fut chez Venture à qui il demanda la permission de partager son pauvre gîte. Les convenances s'opposaient d'ailleurs à ce qu'il logeât seul avec la soubrette. Rou?seau tout à fait désœuvré vint la voir souvent; et si, comme il l'affirme, il ne s'adressa pas alors à la générosité de l'évêque, de crainte, peut-être, d'être reconduit au séminaire, il dut recourir bien des fois à la table de l'excellente fille. Il était sans ressources et Venture ne pouvait pourvoir à tous ses besoins.
Mademoiselle Merceret avait plusieurs amies et, entre autres, une demoiselle Giraud, Genevoise qui, pour mes péchés, s'avisa de prendre du goût pour moi. Elle pressait toujours Merceret de m'amener chez elle; je m'y laissais mener parce que j'aimais assez Merceret et qu'il y avait d'autres jeunes personnes que je voyais volontiers. Pour mademoiselle Giraud qui me faisait toutes sortes d'agaceries, on ne peut rien ajouter à l'aversion que j'avais pour elle. Quand elle approchait de mon visage son museau sec et noir, j'avais envie d'y cracher. Mais je prenais patience. A cela près, je me plaisais fort au milieu de toutes ces tilles.
Rousseau, a plusieurs fois, averti le lecteur que ses souvenirs n'étaient pas bien exacts.
« Ma première partie a été toute écrite de mémoire; j'y ai dû faire beaucoup d'erreurs. » C'est vrai, et en voici encore pour mademoiselle Giraud.
Esther Giraud était comme Jean-Jacques, « une nouvelle convertie ». Il lui donne trentesept ans, mais elle en avait à peine vingt-huit, étant née, à Genève, de parents français, le 8 septembre 170$ '. Elle avait abjuré le protestantisme à Annecy, le 11 janvier 17J7. Son prénom d'Esther fut remplacé par (-eux de « Françoise-Louise », ce qui semble indiquer qu'elle eut madame de Warens pour marraine. Un certificat de dom Claude-Joseph Greyfié, barnabite et « professeur en controverses », qui avait reçu son abjuration, affirme à la date du 3 juin 1729, qu'elle s'est toujours conduite d'une manière régulière et édifiante, et le lendemain, les syndics d'Annecy lui délivrent une espèce de passeport où ils certifient aussi « qu'elle s'est toujours conduite en fille d'honneur et prient tous ceux qui sont de prier, de