‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 24 sur 139 · Th. Dufour, loc. cit · texte numérisé non relu

Th. Dufour, loc. cit

3. Anne-Marie Merceret épousa à Fribourg, François- Joseph Debiès, ou Debieux, de Besançon. Ils eurent le 8 jan-

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sanne « pour se rassasier de la vue de ce beau lac qu'on voit là, dans sa plus grande étendue ». L'on peut s'étonner de la place considérable que le lac Léman tient dans les descriptions de Rousseau, alors qu'il ne parle pas du lac d'Annecy, bien moins grand, sans doute, mais dont l'œil embrasse plus facilement les aspects variés, charmants et grandioses tour à tour.

Rousseau raconte qu'il s'improvisa maître de musique sous le nom de Vaussore de Villeneuve. Profitant du voisinage, il alla voir Vevey, patrie de madame de Warens et y rêver à la pauvre maman. « Je ne saurais dire combien de temps je demeurai à Lausanne...; n'y trouvant pas à vivre, j'allai à Neuchàtel et j'y passai l'hiver. » C'est là qu'il devint l'interprète du bizarre personnage qui se donnait pour l'archimandrite de Jérusalem. Leurs traces

vier 1138, une fille appelée Marie-Mouique. La mère est dite, dans l'acte, citoyenne de Besançon et du lieu de Salins au comté de Bourt/or/ne. L'enfant eut pour parrain François Nice d'Alt, avoyer de la république de Fribourg, auteur de YHistoire des Helvétiens. Le 13 août 1"39, les époux Debiès eurent uu fils, Jean-Euimanuel-./rtC'/Mtv, dont le parrain fut Jean- Emmanuel Vonderweid. Le prénom de Jacques lui fut peutêtre donné par la mère en souvenir de son compagnon de jeunesse. Ces deux naissances eurent lieu à Fribourtr, et c'est encore dans cette ville qu'Anne-Marie .Merceret mourut le 6 juin 17S3. Elle fut ensevelie dans l'église des Franciscains.

ont été retrouvées par M. Ritter et nous savons maintenant l'époque précise de leur rencontre. Elle eut lieu au mois d'avril 1731. C'est donc à l'année 1731 et non à 1732 qu'il faut reporter les deux premières lettres de la Correspondance de Rousseau l. Celle même qui est écrite à mademoiselle de Graffenried est probablement de décembre 1730, car Jean-Jacques y répond à une lettre que la jeune fille lui avait adressée à Lausanne le 21 novembre précédent.

Rousseau s'y félicite de ce que madame de Warens veut bien encore se ressouvenir de lui et proteste que jamais rien ne l'a plus violemment affligé que d'avoir « encouru sa disgrâce 2 ».

Je ne mange pas un morceau de pain que je ne reçoive d'elle; sans les soins de cette charitable dame, je serais déjà peut-être mort de faim, et si j'ai vécu jusqu'à présent, c'est aux dépens d'une

1. Paris, Dupont 1824. Œuvres complètes, t. XVIII, Correspondance, t. I. — M. Musset-Patay les avait datées de IT.V1 d'après l'indication erronée des Confessions, livre IV. Le prétendu patriarche de Jérusalem, di sangue pelasgo, se donnait les noms de H. P. Athanasius Paulus (la Famille de Jean-Jacques, p. 29).

2. Les Confessions sont muettes sur cette disgrâce et sur sa cause; celle-ci pourraitbien être le départ d'Annecy avec le maitre de musique Nicoloz.

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science qu'elle m'a procurée... Je vous en supplie, intercédez pour moi et tâchez de m 'obtenir la permission de me justifier... L'aimable demoiselle Galley est toujours dans mon cœur et je brûle d'impatience de recevoir de ses nouvelles; faitesun ii le plaisir de lui demander, au cas qu'elle soit encore à Annecy, si elle agréerait une lettre de ma main... Soyez persuadée que ma religion est profondément gravée dans mon àme et que rien n'est capable de l'en effacer. Je ne veux pas me donner beaucoup de gloire de la constance avec laquelle j'ai refusé de retourner chez moi.

Cependant Rousseau était dans une extrême misère et, à la même époque, il écrivait à son père une lettre remplie de supplications et aussi de fanfaronnades :

Malgré les tristes assurances que vous m'avez données que vous ne me regardiez plus pour Aotre fils, j'ose recourir à vous comme au meilleur de tous les pères... Vos yeux se chargeraient de larmes si vous connaissiez ma véritable situation. Je suis à Neuchâtel dans une misère à laquelle mon imprudence a donné lieu... Je ne ramperai plus, ce métier est indigne de moi : si j'ai refusé plusieurs fois une fortune éclatante (il n'avait pas vingt ans!), c'est que j'estime mieux une obscure liberté qu'un esclavage brillant... Faites-moi la grâce de vous hâter, car je suis dans une crise très pressante... Je supplie ma très chère mère de vouloir bien me pardonner mes fautes et me rendre sa chère tendresse.

Tout cela cadre assez mal avec l'attitude indépendante que, dans les Confessions, Jean- Jacques dit avoir prise alors vis-à-vis de son père et surtout de sa belle-mère. Il semble toutefois résulter de ces deux lettres qu'Isaac Rousseau exigeait pour secourir son fils qu'il revînt au calvinisme et que Jean-Jacques refusa. Le double souvenir de sa bienfaitrice et de mademoiselle de Galley ne dut pas être étranger à cette détermination.

Mais laissons-le en Suisse et revenons à madame de Warens. Avant de quitter Annecy, rappelons toutefois quelques lignes du chapitre que Michelet a consacré à Rousseau i :

Tout le monde va voir les Gharmettes, mais la grande impression de madame de Warens sur Rousseau fut bien plus à Annecy. L'étroite rue sur l'église (fermée alors en impasse), où logeait madame de Warens entre l'évêque, les cordeliers et la maîtrise, où il apprend la musique, c'est au vrai l'ancienne Savoie... Tous les germes de Rousseau sont là. Il y resta longtemps; mais surtout pendant six mois, il ne fit que les vingt pas qui

1. Histoire de France. Louis XV et Louis XVI (Paris 1867, p. 40 et s.), Michelet y parle du petit palais de Saint-François de Sales à droite du lac. C'est Tresun bâti trente ans après la mort de l'évêque par son neveu. Il cite la Visitation, derrière la ville. Cette Visitatiou est un couvent presque neuf; la vraie était devant ses yeux, changée en auberge, etc..

séparaient les deux maisons, celle de maman et de la maîtrise. Tout lui est resté, dit-il, dans la même vivacité, la température de l'air, les beaux costumes des prêtres, le son des cloches... Plus de vingt années passent. En vain, le tlux. le reflux des misères, la vie dure île l'homme de lettres, les avortements, les demi-succès, la folle attaque aux sciences, l'hymne absurde à la vie sauvage, le travestissement romain, cela passe... En vain. Sous tant de choses voulues, empruntées, artificielles subsiste le Rousseau d'Annecy. La cloche qu'il entendit là, sonne encore... Pauvre cœur de femme sousle masque de Caton!... Pauvre, pauvre citoyen!

Le grand historien a pris au pied de la lettre les récits des Confession* ; et une rêverie de quelques heures au bord du lac d'Annecy, par une tiède journée de septembre, lui a suffi pour assurer qu'il y a là de la Maremme. Il a entrevu à travers les peupliers d'Albigny. la colline d'Annecy-le-Vieux, et il en a conclu que tout autour du lac les coteaux simulaient ceux de la Saône. S'il eût levé les yeux, il aurait aperçu les montagnes projeter à deux mille mètres leurs vigoureux reliefs. La méthode de première impression, de divination, a des résultats heureux, parfois; rarement. L'étude exacte et prolongée des faits est plus sûre.

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