CHAPITRE V
Procès de madame de Warens avec son beau-père. M. de Villardin. — Requête au sénat; saisie-arrêt sur les créances de M. de Villardin en Savoie. — Défense de M. de Villardin. — Rousseau travaille au cadastre. — Son voyage à Genève: son père ne veut rien lui remettre des biens de sa mère. — Il va chez les Cordeliers de Cluses. — Le père Montant. — Lettre de Jean-Jacques à son père. — Pissage de régiments français à Chambéry. — Victoires finies Impériaux. — Commencement des amours de Jean- Jacques et de madame de Warens. — La jeunesse de Claude Auet; son abjuration; sa mort. — Rousseau rappelle son nom dans la Nouvelle-Héloïse. — Douleur de madame de Warens; elle fait son testament. — Mort de monseigneur de Bernex. — Lettre de madame de Warens à M. d'Ormea pour obtenir le payement de sa pension.
Ce n'était pas sans arrière -pensée que madame de Warens avait abandonné ses possessions du pays de Vaud. Déjà en 1728, elle avait essayé d'un retour agressif contre son mari et n'avait pas réussi. Le 23 août 1732, elle adressa au sénat une requête en nullité de la donation qu'elle avait faite à M. de Warens
i ill MADAME DE WARENS
le 26 septembre 1726. Elle exposait d'abord les
circonstances clans lesquelles cet acte aurait eu
lieu :
... Lorsque ayant <''/<'■ inspirée de Dieu d embrasser la religion catholique, elle consentit que sous la promesse que lui fit verbalement le Sr de Warens, en présence de plusieurs personnes de mérite qui assistaient à ce contrat, de la revoir dans peu, en lui faisant espérer qu'il suivrait son exemple en changeant aussi de religion et d'avoir soin d'elle et de l'entretenir. Mais elle a été bien trompée dans ses espérances, car le Sr de Warens, après avoir eu tout ce qu'il souhaitoit, bien loin d'exécuter ses promesses seroit resté dans ses erreurs sans donner aucun secours ni fournir aucuns aliments à son épouse, bien qu'il ait continué de posséder tous ses biens, lesquels il auroit même vendus, et ensuite se seroit retiré en Angleterre après avoir fait déclarer en son païs qu'il étoit dans le cas du divorce et de la liberté de contracter un second mariage avec une autre femme.
L'action en nullité ayant été ainsi intentée, elle fit saisir entre les mains de MM. Louis- Amé de Loys, baron de la Bàthie en Chablais, Joseph de Gribaldi, Joseph-François de Bellegarde, marquis des Marches, Joseph-Marie de Compey, comte de Gerbaix, et Jean Picolet, hôte à Évian, des sommes importantes qu'ils devaient à M. de Villardin, père de M. de AVarens. Elle prétendait que par suite de
ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU. lit
l'intervention de son beau-père à son contrat de mariage, elle avait une hypothèque légale sur tous ses biens pour la restitution des droits assurés par ce contrat. Et comme le divorce n'était pas reconnu en Savoie, qu'en conséquence son mariage y était censé exister encore, elle ne pouvait réclamer sa dot. Elle se borna donc à demander le payement des cinquante petits écus par an dont son contrat lui donnait la libre disposition et que son mari ne lui avait pas comptés depuis la séparation '.
M. de Villardin fut ému de cette attaque. Il consulta l'avocat Vignet de Montmélian et fit rédiger un mémoire en langue italienne par l'avocat Jean-André Peyrani 2 , puis il envoya son fils aîné Georges-Louis, dit cY Orsens, le présenter au premier président du sénat. M. de Saint-Georges transmit la pièce au marquis d'Ormea avec cette lettre :
Monsieur,
Ayant apris qu'un certain M. de Villardin du Païs de Vaux ensuite d'une saisie que le sénat a accordé sur des créances qu'il a en Savoye à la