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2. Noie de M. de Loys (M. de Warens) à la suite de la lettre à son beau-frère M. de Middes, publiée par M. A. de Montet. C'est précisément pour répondre à l'accusation de mauvaise foi portée contre lui dans la requête de sa femme, que le mari écrivit la lettre à M. de Middes. Le cousin « du liochat » habitait Lausanne. M. de Warens avait repris son nom de M. de Loys après avoir vendu la seigneurie de Warens. Sa femme n'avait donc plus le droit de porter ce nom; elle n'avait même jamais possédé le titre de « baronne » qu'elle avait pris en Savoie. Les armoiries dont elle usait étaient d'azur à la Tour d'or, accompagnée de trois étoiles à cinq rais de même.
1 I î MADAME 1^ WABEHS
alors réclamer à son père sa part de la succession maternelle. Il lui tardait sans doute de rendre à madame de Warens une partie des sommes qu'elle dépensait pour lui. Il écrivit à
Isaae Rousseau, qui habitait toujours Nyon, el lui donna rendez-vous à Genève. C'est du moins ce que l'on peut induire de sa lettre du .".1 août 1 T : ; : i à madame de Warens :
... JVtaU à Genève, i.rai comme un pinson, pensant terminer quelque chose avec mon père : il n'es! pas venu et m'a écrit, dit le révérend père, une lettre de vrai gascon.
De Genève il se rendit a Cluses chez les Gor-
deliers qui lui firent un excellent accueil.
Si je voulais, madame, vous marquer tontes les honnêtetés que j'ai reçues du révérend père, j'aurais pour Longtemps à dire... Je suis ici le mieux du monde et le révérend père m'a dit résolument qu'il ne prétend pas que y^ m'en aille que quand il lui plaira et que je s^rai bien et dûment lactifié.
i. frère Montant ■ qui n'a pas le temps de vous
1. Il faudrait k Père, car Joseph-Gaspard Montant, bachelier de Sorbonne. était le sardien du couvent qui comptait d'autres bacheliers, et des docteurs de Sorbonne, le Père Gojon. le Père Jorand. En 1730, l'on avait trouvé le Père Montant trop jeune pour être confesseur des Clarisse? d'Annecy les È -A ■ ' - ■
écrire parce que le courrier est pressé de partir dit comme ça qu'il vous prie de croire qu'il est toujours votre très humble serviteur (lettre III).
Jean-Jacques, on le voit, écrivait alors fort mal; ce n'est donc, quoi qu'il en ait dit, ni à dix-huit ans, ni à vingt et un ans, qu'il a composé Y Amant de lui-même.
Après cette lettre du 31 août, M. Musset- Patay en place une autre adressée par Rousseau à son père (lettre IV). Elle nous semble au contraire antérieure. Jean-Jacques y fait appel à l'amour paternel, à la reconnaissance que le père devrait témoigner à madame de Warens pour les bons soins qu'elle prodigue à son fils. Il y fait remarquer à son père qu'il a négligé vis-à-vis de sa bienfaitrice :
... les premiers devoirs de la politesse en ne répondant pas aux lettres de cette dame, aimable par mille endroits, respectable par mille vertus et dont les lettres aux grands seigneurs et même au roi ont été répondues avec la dernière exactitude.
Il lui annonce que, depuis le commencement de l'année il est tombé dans une langueur extraordinaire qui, apparemment, dégénérera bientôt en phthisie.
Isaac Rousseau resta impassible.
Jean-Jacques revint de Cluses et reprit vraisemblablement son travail au cadastre qu'il avait pu interrompre grâce à un congé obtenu facilement par madame de Warens. En octobre, il était de retour et allait , au moins le dimanche, dans ce jardin à guingette où Ton avait placé un lit dans lequel il couchait quelquefois. C'est alors qu'arrivèrent à Chambéry les régiments français qui filaient en Piémont pour entrer dans le Milanais.
Le traité d'alliance de Charles-Emmanuel III avec la France et la déclaration de guerre à l'Autriche furent annoncés le 14 octobre 1733. L'animation dut être grande à Chambéry; elle fut à son comble le 17 décembre quand on reçut la nouvelle de la prise de Pizzighitone, celle de Milan le 7 janvier 1734; de Novare et de Tortone le 14 février. Après cette campagne d'hiver, vint celle d'été. Le 29 juin, le roi annonça au sénat de Savoie sa victoire sous les murs de Parme. Puis ce fut dans la nuit du 14 septembre que le comte de Broglie se laissa surprendre par les Impériaux et dut s'enfuir en pantoufles et en bonnet de nuit. L'armée alliée fut sauvée par le sang-froid de Charles-Emmanuel et par la bravoure obstinée
du comte d'Apremont , commandant de la cavalerie piémontaise, qui protégea la retraite de l'armée sur Guastalla '.
J'étais plein de confiance dans nos bons amis les Français et, pour le coup, malgré la surprise de M. de Broglie, je ne fus pas trompé, grâce au roi de Sardaigne, à qui je n'avais pas pensé.
Les Te Deum chantés après chaque événement heureux, les réjouissances publiques et privées, les fêtes chez les grands seigneurs contribuèrent considérablement à l'enthousiasme belliqueux dont Rousseau fut pénétré.
Pourtant de graves événements, singuliers ou douloureux, s'étaient passés dans la famille de madame de Warens. Nous avons rappelé la tentative de suicide de Claude Anet. Il est possible qu'elle ait eu lieu pour les motifs que Rousseau a indiqués et à l'époque où il semble la placer, vers le printemps de 1733. Jean- Jacques prit facilement son parti de la découverte qu'il fit à cette occasion. Mais dès ce moment, croyons-nous, il aspira aux mêmes faveurs et c'est dans le but de les provoquer
\. Arc/iires du sénat de, Savoie, 0e reg. de lettres; — D. Carutti, Storia del regno di Carlo Emanuele III, ch. ra et iv.
qu'il racontait complaisamment à maman les agaceries de madame Lard. Nous doutons fort qu'avant de le traiter en homme madame de Warens ait déployé la mise en scène solennelle que Rousseau rapporte. Si l'événement eut lieu à la guinguette du jardin, ce dut être aux derniers beaux jours de l'automne de 1733 ou bien par une journée de la fin de février, précocement ensoleillée, comme il y en a souvent à Chambéry à cette époque de l'année. Rousseau ne put cacher son triomphe et Claude, bien moins entré dans les principes de sa maîtresse que Jean-Jacques ne le suppose, dut souffrir cruellement.
Anet était né à Montreux le 17 janvier 1706 ; il avait six ans de plus que Rousseau et sept de moins que madame de Warens. Il appartenait à une famille attachée depuis longtemps à celle des La Tour. En 1726, son oncle François était jardinier de M. de Warens. Claude prépara sa fuite en même temps que madame de Warens, car il se procura son acte de naissance le 25 mars 1726 1 et abjura le protestantisme à Annecy peu après elle, sinon en même temps.