MADEMOISELLE PÉRONNE LARD
Nous y voyons d'abord un petit duo à trois temps, pour ténor et soprano :
Ne songeons désormais qu'au bonheur de nous plaire Ah! que notre chaîne a d'attraits!
L'immortalité ne m'est ehêre Que pour vous aimer à jamais.
Puis :
Ah! de quel trait fatal mon âme est-elle atteinte; Je dois contre moi-même exercer mes rigueurs Je ne connais encor l'amour que par la crainte Et ma défaite, hélas! commence par des pleurs. C'est l'espoir d'être unis qui flatte .tous les cœurs.
Malheureuse, je suis contrainte De bannir pour jamais l'objet de mes ardeurs.
Une chanson à boire pour haute-contre, quatre temps :
Lucas, (bis) ma maison brûle! 0 douleur sans seconde
La flamme bouche mon caveau ;
Je vurrais sans frémir l'embrasement du monde
Ht ne puis sans frémir voir périr mon tonneau.
A mon malheur affreux, cher ami, sois sensible.
Au travers de ce gouffre, ouvrons-nous un chemin
Je rirois du dégast que fait ce feu terrible ) ,. o- • • • ï bis.
M c pouvois sauver mon vin.
Sortes, sortes, démons cruels du gouffre du Tartare Venez, troupe hideuse et barbare, Déployez toutes vos horreurs, Exercez vos fureurs, signalez vos transports. Tout ce que l'enfer a d'horrible Ne scauroit plus m'épouvanter.
Je déplore un malheur mille fois plus terrible
Que je frémis de raconter :
J'ai perdu, j'ai perdu, et qui le pourra croire, J'ai perdu, puis-je encor survivre à mon destin
J'ai perdu, je le dis enfin La clef de mon cellier et j'ai dîné sans boire!
Le dernier morceau est un air de basse à trois temps. C'est le chant d'Hidraoth, dans V Armide de Quinault (acte Ier, scène m), dont le poème servit à Lulli et plus tard, à Gluck :
Armide est encor plus aimable
Qu'elle n'est redoutable
Que son triomphe est glorieux Ses charmes les plus forts sont ceux de ses beaux yeux Elle n'a pas besoin d'employer l'art terrible Qui sçait quand il lui plait faire aimer les enfers;
Sa beauté trouve tout possible Nos plus fiers ennemis gémissent dans ses fers
Armide est encore plus aimable, etc..
Le cahier contenait encore : Vents furieux, cessez votre guerre funeste, à quatre temps; Mes yeux, n'avez-vous plus de charmes, à trois temps; Dieu séducteur malgré tes peines; Tu sais bien nous assujettir, à G/8.
Il est tout à fait probable que Rousseau a chanté ces petits airs avec mademoiselle Pé-
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ronne. Ce buveur de lait était peut-être fort agréable dans la chanson : Lucas, ma maison, brûle l.
La poésie de quelques-unes de ces pièces ressemble à celle des Muses galantes que Jean- Jacques écrivit plus tard (voir scène n).
Parmi les amis de la maison il y avait encore le marchand Antoine Charbonnel et la foule des religieux, cordeliers, dominicains et jésuites. Nous verrons bientôt que dans chacune de ses lettres à madame de Warens, Rousseau la charge de ses souvenirs respectueux pour les révérends pères , en particulier pour les Pères Hémet et Coppier, ses maîtres de littérature et de sciences. En 1729, Victor Amédée III avait enlevé aux jésuites la direction du collège de Chambéry, mais ils avaient établi dans leur couvent un internat où ils attiraient les fils de famille les plus riches, et continuaient ainsi à professer 2.
1. Dans la lettre VII, Rousseau écrit à madame de Warens qu'il a chanté à Besançon un récit de basse-taille, « et un duo de Pyrame et Thisbé avec M. Duroncel, fameux hautecontre de l'ancien opéra de Lyon ». Il a analysé dans sa lettre sur la musique française l'air du monologue d'Armide :
Enûn il est en ma puissance Ce fatal ennemi, ce superbe vainqueur!