I. F. Mugnier, le Théâtre en Savoie, p. 58 et
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Rousseau prétend avoir été un intendant vigilant. Il voulait écarter de madame de Warens les intrigants qui l'exploitaient. La mortd'Anet avait coupé court au projet d'établir à Gliambéry un jardin des plantes et une école de pharmacie, mais les nouvelles combinaisons affluaient. C'est à cette époque, semble-t-il, que Bagueret, ce Genevois, Can des plus grands fous que Jean-Jacques ait jamais vus, arriva à Chambéry et tira pièce à pièce les pauvres écus de maman.
Pour dissiper l'ennui que les dépenses inconsidérées de madame de Warens lui causaient, il faisait de fréquents voyages. Moyen bien singulier, il le reconnaît, d'y porter remède! Ce fut dans un de ces moments de dépit qu'il alla à Besançon auprès de l'abbé Blanchard, maître de chapelle à la cathédrale. Il désirait prendre de lui des leçons d'harmonie. Madame de Warens l'équipa avec une profusion qu'il accepta; elle fit à cette occasion, dit-il, une dépense de huit cents francs. Si la date donnée à la lettre qu'il lui adressa le lendemain de son arrivée est exacte, il se serait trouvé à Besançon le 28 juin 1733. C'est bien à cette époque du reste, que, dans les Confessions,
Rousseau place ce voyage, puisqu'il dit qu'il eut lieu avant l'arrivée des Français à Chambéry, c'est-à-dire avant le mois d'octobre 1733 '. L'abbé Antoine Blanchard n'était plus alors maître de musique de la cathédrale. Après avoir été réprimandé le 4 octobre 1730 pour ses fréquentes absences et sa conduite et avoir été invité à régler celle-ci sous peine d'être congédié, il fut licencié en 1732. En novembre, le chapitre s'occupa de lui trouver un successeur, et le 31 janvier 1733 il lui paya le solde de son salaire en même temps qu'il lui donna quittance des meubles et de la musique qui lui avaient été confiés à raison de son emploi. Rien n'empêche cependant qu'il fût encore à Besançon en juin et juillet. S'il devait alors aller à Paris suppléer André Gampra, ce ne fut qu'en 1737 qu'il devint l'un des quatre maîtres de chapelle du roi, à la place de Nicolas Bernier, mort leo septembre 1733 2.
1. C'est donc à tort que M. Musset-Patay a remplacé par celle de 1735 la date de 1733 donnée à la lettre VII dans les éditions précédentes (Correspondance, lettre VII, p. 20). Notons en passant que la lettre VI n'est pas adressée par Rousseau à sa tante Gonceru, mais plutôt à sa tante David qu'il charge d'assurer madame Gonceru de son sincère attachement. Suzon Rousseau avait épousé, à quarante-huit ans, le 24 août 1732, Isaac-Henri Gonceru, bourgeois de Nyon.