M . DE MONTPELLIER
Unissons, Sabattier, nos douleurs El par tout l'univers cherchons-lui des vengeurs. (Voir Mithridate, acte V, scène v).
Cette escapade de Jean-Jacques fut loin d'être la dernière. Dans une lettre écrite à son père le 26 juin 1735, de Chambéry très probablement, il se félicite d'avoir été ramené d'un nouvel égarement par la sagesse et la générosité de madame de Warens :
C'est à ses bontés qu'il est redevable d'être revenu au bon sens et à la raison... Son voyage a été de courte durée et il aime mieux pour son honneur et son avantage que sa lettre soit datée d'ici que de nulle part ailleurs (lettre V, p. loi).
Si le voyage cà Besançon est de 1733, c'està-dire antérieur à la mort de Claude Anet, c'est bien après cet événement et lorsqu'il était devenu un peu l'intendant de madame de Warens, qu'il fit ce nouveau coup de tête dont il entretient son père. Lorsqu'il revint, un peu humilié sans doute, il abandonna la musique pour se livrer, comme il le dira dans la lettre cà madame de Sourgel, à l'étude des belles connaissances. Dans l'été de 1737, il s'engoua de physique et faillit s'aveugler en essayant de fabriquer de Y encre de sympathie. La bouteille lui sauta au visage comme une bombe. « J'avalai, dit-il, de l'orpiment de chaux; j'en faillis mourir. Je restai aveugle près de six semaines. »
L'accident arriva le 27 juin. Jean-Jacques se crut au tombeau. Le jour même il appela un notaire chez madame de Warens et fit son testament qu'il ne put signer « ayant- les yeux fermés ainsi qu'il est apparu au notaire et aux témoins ».
Voici cette pièce intéressante dans laquelle il met ordre à ses affaires spirituelles et temporelles. En même temps qu'il témoigne sa reconnaissance à madame de Warens, il fait une profession de foi catholique, se recommande à la Vierge et à ses saints patrons. Il lègue de petites sommes d'argent à divers couvents afin qu'on y célèbre des messes pour le repos de son âme. Quoi qu'on en ait dit parfois, ces dispositions n'étaient nullement des phrases de style. Il n'y en a qu'une de ce genre, c'est Yexhortation du notaire au testateur de faire quelques legs aux hôpitaux... A cette époque, Rousseau, souvent agité de la crainte de l'enfer ', était encore complètement soumis aux dominicains, cordeliers et jésuites de Chambéry ; mais quelles gorges chaudes, si Voltaire et Fréron eussent découvert ce testament!