‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 49 sur 139 · LES CHARME T TE S · texte numérisé non relu

LES CHARME T TE S

HelioÔ. et Jmp. Arents

taise ! était propriétaire d'un petit domaine dans l'étroit vallon des Gharmettes, et l'avait loué le 8 mai 1737 à Pierre Renaud, procureur au sénat. L'on a vu que le 15 septembre madame de Warens , avait affermé la métairie Revil située en face. Il est vraisemblable qu'elle dut regretter de ne pouvoir pas s'y installer commodément lorsqu'elle s'y faisait porter en litière pour voir ses champs, ses poules et ses vaches, ou y passer la nuit quand le temps était mauvais. Rousseau, alors dans le feu de ses études philosophiques et politiques, aurait aimé à travailler et à rêver dans cette solitude, Wintzinried, dont le bruit devait fatiguer Jean- Jacques, ne demandait pas mieux, à son tour, que de le voir confiné à la campagne. On s'aboucha donc avec maître Renaud pour une combinaison qui devait contenter tout le monde. Moyennant quelques concessions, le procureur renonça à son bail et prit la ferme Revil en échange du domaine de M. Noëray. Quant à ce dernier, madame de Warens et Rousseau le connaissaient sans doute; en tout cas ils purent facilement se mettre en rapport avec

1. Claude-François Noëray devint major au même régiment, puis commandant du château d'Annecy.

lui par l'intermédiaire du gendre du docteur Grossi, Eustache Rey qui était aussi capitaine au régiment de Tarentaise, avec Janus de Bellegarde pour colonel. Dès la Saint-Jean, 24 juin, madame de Warens prit possession du domaine; le bail fut passé le 6 juillet 1738 \ En voici les clauses principales :

M. .Xoëray acense (donne à bail) à madame Françoise Louise-ËIéonore de La Tour, baronne de Warens, ses biens situés aux Charmettes et à Montagnole (village voisin) consistant en maison, granges, prés, verger, terres, vignes.... tels que les a tenus ci-devant maître Pierre Renaud.... pour 9 années, neuf prises (récoltes) entières, à commencer par celle de la présente année et à finir au dernier juin... pour le prix de 220 livres payable aux fêtes de Noël -.

Il sera pris état de la maison et des bâtiments, après quoi sera tenue la dite dame de les entretenir en bon père de famille... elle ne devra laisser introduire aucune ser-

1. Cet acte a été publié pour la première fois en 1856 par M. Guillermin, dans le tome 1er des Mémoires de la Société savoisienne d'histoire et d 'archéologie. On le trouve au folio 283 v° du IIe livre de 173S du Tabellion de Chambéry. Là sont aussi tous les actes authentiques que nous citons. Les minutes des notaires sont disséminées dans les études des divers notaires actuels de Chambéry; mais il semble que les minutes de maître Rivoire et de maître Cagnon ont disparu.

2. Le fermage convenu dans le bail Renaud était de deux cent trente livres les trois premières années, et de deux cent soixante-six les six dernières. Si maître Renaud abandonna le domaine après la première année et si M. Xoëray diminua le prix du loyer, c'est sans doute parce que les bâtiments exigeaient de grandes réparations.

ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU. ) 7ii

vilude; elle paiera les servis au seigneur des liefs de qui les biens dépendent ', si, par suite de la péréquation générale, les biens sont soumis à la taille c'est le bailleur qui la paiera; si madame de Warens fait quelques réparations et améliorations, elles resteront acquises à M. Noëray. Sera tenue la dite dame de rendre à la fin du bail la somme de 174 livres 11 sols 8 deniers pour le chadal (cheptel) de 2 bœufs et des vaches qui lui ont été remis par maître Renaud, outre 10 brebis ou moutons, 7 poules et 1 coq, 5 vaisseaux de blé 2, 5 de seigle, 3 d'orge et 3 quartaus de fèves... Sera aussi tenue de laisser les vignes cultivées comme elle les a reçues au mois de juin dernier, et de rendre à la fin du bail un chariot, une charrue, une herse et un berroton (petit tombereau), le tout fort usé et presque hors de service, et 6 quartans de blé noir. 11 sera pris des meubles qui sont dans la maison un mémoire qui fera corps ave- le présent (il n'y est pas).

Fait dans la maison Saint-Laurent en présence du sieur Philippe Falquet, secrétaire de l'intendance générale de Savoie, bourgeois de Chambéry et du sieur Jean-Jacques Rousseau, habitant en cette ville, qui ont signé avec le dit noble Noëray et la dite dame de Warens.

L'on a parfois attaché de l'importance à ce que c'est Rousseau et non Wintzinried qui fut témoin à la passation de ce bail; on a vu là comme une reprise de l'ascendant du premier sur madame de Warens, une revanche sur Wintzinried. Nous croyons que le 6 juillet 1738, Wintzinried était tout bonnement

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