‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 52 sur 139 · Mélanges, p · texte numérisé non relu

Mélanges, p

la prose; elle était sans doute destinée à être transmise à Charles-Emmanuel III en même temps que la demande de pension. Après avoir décrit sommairement la solitude qu'il habite, Jean-Jacques y énumère à plaisir ses lectures, ses études des poètes, des philosophes, des mathématiciens. S'il peut ainsi « goûter un repos innocent, c'est à la sage Warens, élève de Minerve, qu'il le doit ». Par cette transition il arrive à célébrer les vertus de sa bienfaitrice, à lui conseiller le dédain des envieux. C'est surtout pour dissiper les fâcheuses impressions que certaines accusations auraient pu laisser dans l'esprit du roi qu'il s'écrie :

Qu'ils exhalent en vain leur colère impuissante. Leurs menaces pour vous n'ont rien qui m'épouvante. Ils voudraient d'un grand roi vous ôter les bienfaits; Mais de plus nobles soins illustrent ses projets : Leur basse jalousie et leur fureur injuste N'arriveront jamais jusqu'à son trône auguste... C'est ainsi qu'un bon roi rend son empire aimable... Charles, on reconnaît ton empire à ces traits... Ta main porte en tous lieux la joie et les bienfaits... Quel autre plus que toi pouvait être invincible Quand l'Europe t'a vu guidant tes étendards Seul entre tous ses rois briller au Champ de Mars?... Et vous sage Warens que ce héros protège, En vain la calomnie en secret vous assiège, Craignez peu ses effets, bravez son vain courroux; La vertu vous défend, et c'est assez pour vous...

Revenant sur lui-même il attribue à madame de \Yarens tout ce qu'il y a d'élevé et d'austère dans son âme :

Vertueuse Warens, c'est de vous que je tiens

Le vrai bonheur de l'homme et les solides biens...

Un passage mérite aussi d'être relevé, car il montre qu'à ce moment Rousseau était encore attaché au catholicisme, à moins qu'il n'y ait là qu'une flatterie à l'adresse du gouverneur et de la cour de Turin.

Il lit YHistoire de Genève, de Spon, et dit :

Tantôt aussi de Spon parcourant les cahiers,

De ma patrie en pleurs je relis les dangers.

(Jenève, jadis sage, ô ma chère patrie!

(Juel démon dans ton sein produit la frénésie?...

Transportés aujourd'hui d'une soudaine rage,

Aveugles citoyens, cherchez-vous l'esclavage?

Trop tôt peut-être, hélas! pourrez-vous le trouver...

Heureux si, reprenant la foi </'• ru* aïeux,

Vous n'oubliez jamais d'être libres comme eux!

Il rappelle enfin qu'il est malade, près de mourir :

Mais le mal dont mon corps se sent presque abattu N'est pour moi qu'un sujet d'affermir ma vertu.

C'est encore en 1739, vers la fin de l'année, ou dans le commencement de 1740, qu'il faut

placer la lettre X que M. Musset-Patay a datée de 1737, puisque Rousseau y offre à son correspondant resté inconnu, deux ou trois exemplaires du Verger. On y voit qu'à cette époque l'on chantait encore chez madame de Warens, mais que l'orchestre manquait de violoncelle.

Maman ne pouvait chanter autant qu'elle l'aurait souhaité, à cause de ses infirmités continuelles : actuellement elle aune fièvre habituelle, des vomissements fréquents et une enflure dans les jambes qui s'opiniàtre à ne nous rien présager de bon.

A cela s'ajoutaient les besoins d'argent, les dettes criardes. Pour les payer madame de Warens a recours a un expédient. Le 3 janvier 1739 elle cède à Gharbonnel quatre annuités de la pension de cent cinquante livres que M. de Bernex lui avait léguée sur sa terre de Challonges, soit six cents livres qui, ajoutées aux deux cents livres que Charbonnel reconnaît lui devoir pour solde de compte entre eux, font huit cents livres. Gharbonnel s'engage au moyen de cette cession à payer dans six mois trois cent soixante livres que la baronne doit à Richard, de Saint-Germain ', cent qua-

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