Saint-Germain-sur-Rhône, village près de Challonges
184 MADAME DE WARESS
rante à Claude-Louis Bonjean, marchand de Chambéry, et à se payer à lui-même deux cent quatre-vingt-douze livres « pour les marchandises fournies à madame de AVarens par la maison Gharbonnel et Chafarod, sauf à compléter si la note ne s'élève pas à ce chiffre ». L'acte est passé dans la maison Saint-Laurent, à Chambéry, en présence de Jean-Samuel de Wintzinried de Courtille, habitant avec la dame de W aveux '.
Voilà Wintzinried à peu près gentilhomme! II habite avec la baronne, et Jean-Jacques, malgré l'hiver, est relégué aux Charmettes. Depuis le milieu de février il n'avait pas vu madame de Warens, lorsque, le 18 mars (1739), il répond à un billet un peu dur qu'elle lui avait écrit le dimanche 15, par la lettre la plus affectueuse et la plus soumise qui se puisse concevoir :
...J'ai convenu sincèrement avec moi-même que puisque vous trouviez que j'avais tort, il fallait que je l'eusse effectivement; ainsi sans chercher à chicaner, j'ai fait mes excuses de bon cœur à mon frère ( Wintzinried) et je vous fais de même ici les miennes très humbles... Vous m'avez fait dire-
I. Acte, Rivoire notaire, du 3 janvier 1"39, aux Archives du Tabellion.
ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU. 1 8-'i
qu'à l'occasion de vos Pâques ' vous voulez bien me pardonner. Je n'ai garde de prendre la chose au pied de la lettre et je suis sûr que quand un cœur comme le vôtre a autant aimé quelqu'un que je me souviens de l'avoir été de vous, il lui est impossible d'en venir jamais à un tel point d'aigreur qu'il faille des motifs de religion pour le réconcilier.
Il la remercie ensuite de l'avis qu'elle lui a donné d'écrire à son père, ce qu'il avait tardé de faire jusqu'à l'arrivée de la réponse de l'abbé Arnaud à un mémoire qu'il lui avait adressé, et termine par ces mots :
Songez, ma très chère maman, qu'il y a un mois et peut-être au delà que je suis privé du bonheur de vous revoir. Je suis du plus profond de mon cœur et avec les sentiments du fils le plus tendre, etc.
Il semble que Rousseau avait fait à madame de Warens quelque grosse injure, ou l'avait compromise d'une façon grave, avant même le voyage à Montpellier, et qu'aux yeux de sa bienfaitrice il avait augmenté ses torts en cherchant querelle à Wintzinried. C'est pourquoi elle voulait, à tout prix, l'éloigner de