‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 61 sur 139 · Fr. Mugnicr, le Théâtre en Savoie, p. 59 et s · texte numérisé non relu

Fr. Mugnicr, le Théâtre en Savoie, p. 59 et s

empêchée d'y prendre grand plaisir, et sa pauvreté ne lui aurait pas permis d'y faire bonne figure. Elle devait supposer d'ailleurs que l'occupation ne serait pas bien longue et craindre de perdre sa pension, si on la voyait dans les salons ou seulement dans l'antichambre du prince espagnol.

Pendant ce temps, Rousseau, qui n'avait pas su, dit-il, tirer parti de sa Méthode de musique, était allé à Venise remplir les fonctions de secrétaire de M. de Monta igu, ambassadeur de France .

A Lyon, j'aurais bien voulu prendre la route du mont Cenis, pour voir en passant ma pauvre maman, mais je descendis le Rhône et fus m'embarquer à Toulon, tant à cause de la guerre que par raison d'économie.

Rousseau semble ici avoir manqué de mémoire. Il poussa bien jusqu'à Ghambéry car, lorsqu'il s'agit de régler ses honoraires avec M. de Montaigu, il porta sur sa note les frais de ce petit voyage. On lit, en effet, dans une lettre qu'après la brouille, M. de Montaigu écrivit à l'abbé Alary, de l'Académie française, l'un des protecteurs de Jean-Jacques :

Je lui dis (à Rousseau) qu'il avait toutes les qualités d'un fort mauvais valet et que je traiterais le

compte qu'il m'avait donné de son voyage sur ce pied-la; que les cinq jours qu'il disait avoir demeuré à Marseille pour attendre la felouque qui le porta à Gênes lui seraient payés, mais point les autres, ni son voyage de Chambéry, ni les seize livres pour venir de Padoue ici, puisqu'il y serait venu fort décemment pour deux livres '.

En tout cas, on voit par sa correspondance que Rousseau n'avait oublié à Venise ni madame de Warens ni ses autres amis de Savoie. Le 21 septembre 1743 2 il écrit à M. de Conzié, et, suivant une manie invétérée déjà, il annonce sa mort prochaine :

Je compte pour rien les infirmités qui me rendent mourant au prix de la douleur de n'avoir aucune nouvelle de madame de Warens quoique je lui aie écrit depuis que je suis ici par une infinité de voies différentes. Vous connaissez les liens de reconnaissance et d'amour filial qui m'attachent à elle, jugez du regret que j'aurais à mourir sans recevoir de ses nouvelles... Ne me déguisez rien, monsieur, je m'attends à tout, je souffre déjà tous les maux que je peux prévoir, et la pire de toutes les nouvelles pour moi, c'est de n'en recevoir aucune... J'ai appris que votre aimable marquise s'est remariée il y a quelque temps. Adieu, monsieur, puisqu'il faut mourir tout de bon, c'est à présent (ju'il faut être philosophe. Je vous dirai une autre fois quel est le genre de philosophie que je pratique.

1. P. Faugère, J.-J. Rousseauà Venise ( Corresp., 25 juin 1888).

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