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Correspondance, lettre XXVII

218 MADAME DK WARENS

Pères jésuites Hémet et Goppier. Quant à Zizi ce pourrait bien être un enfant des métayers, les Kiki d'une lettre précédente. Et ces Kiki ne seraient-ils pas Jacques Châtelain et Claudine Droguet qui, à ce moment même, donnaient un frère à Zizi et lui choisissaient pour parrain et pour marraine Jean-Jacques et la baronne?

Jean-Jacques avait beaucoup vécu avec eux, la femme préparait ses repas et le servait, si tant est qu'il ne partageât pas simplement leur pauvre table , durant les longs mois qu'il passa seul aux Charmettes. Quoi qu'il en soit, voici l'acte de baptême :

Le 9 octobre 1743 est né et a été baptisé Jean-Louis. fils de Jacques Gbatelain et de Claudine Droguet mariés ; parrain Pierre Châtelain, tenant pour Jean-Jacques- Joseph-Françoift Rousseau ancien citoïen de Genève; marraine, Claudine Chabor tenant pour dlle Françoise-Louise- Éléonore baronne de Warens de La Tour.

Signé : Cl.-Fr. Quinson, ch"c (Reg.par. île Sl.-Léger).

Rousseau ne faisant aucune allusion à cet événement dans les lettres que nous venons de citer, il est possible que les parents du nouveau-né, ayant conservé de lui un souvenir affectueux aient voulu l'avoir pour compère et

que madame de Warens ait pris sur elle d'y consentir.

L'on a déjà remarqué que l'acte de baptême attribue à Rousseau les prénoms de Joseph- François qu'on ne lui connaissait pas. Il les avait reçus sans doute lors de son abjuration, dont le curé de Saint-Léger dut réclamer un extrait pour s'assurer de la catholicité du parrain. Serait-ce en souvenir de madame de Warens, qu'il n'avait pourtant fait qu'entrevoir à Annecy en 1728, que Rousseau prit à Turin le prénom de Françoise

Jean-Jacques ne prolongea guère son séjour à Venise. L'ambassadeur, M. de Montaigu, était à moitié fou et son secrétaire avait fort à s'en plaindre. Il revint donc à Paris et passa par Genève où il reçut mille amitiés du résident français M. de la Glosure... qui n'y habitait plus depuis quatre ans *.

L'erreur de Rousseau, ici encore, est certainement volontaire. A Venise, il avait été maltraité par l'ambassadeur; dès qu'il arrive en Suisse, les résidents français à Sion, à Genève l'accueillent à bras ouverts. Le procédé

1. Il avait quitté ce poste en 1739 (E. Ritter, Nouvelles Recherches sur les Confessions).

littéraire l'exigeait. Il pousse si loin la recherche du contraste qu'il s'accuse parfois de fautes qu'il n'a pas commises. Quand il servait à Turin chez le comte de Govon, et pendant les dix à douze années qu'il fut le commensal de madame de Warens il avait sûrement appris les usages de la table. Cependant il raconte (livre VII) qu'en 1741, lorsqu'il dînait à Paris chez madame de Boze, il avait l'air gauche et sot.

Son maintien dégagé m'intimidait et rendait le mien plus plaisant. Quand elle me présentait une assiette, j'avançais ma fourchette pour piquer modestement un petit morceau de ce qu'elle m'offrait; de sorte qu'elle rendait au laquais l'assiette qu'elle m'avait destinée, en se tournant pour que je ne la visse pas rire.

Et cela pour amener ce trait : « Elle ne se doutait guère que, dans la tête de ce campagnard, il ne laissait pas d'y avoir quelque esprit. »

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