‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 75 sur 139 · Archives départementales · texte numérisé non relu

Archives départementales

2. Archives du Tabellion et minutes du notaire Buisson. C'est donc alors que madame de Warens quitta la maison du comte de Saint-Laurent, après y être restée dix-neuf ans Le comte avait été nommé ministre d'État au mois de mars précédent.

l'immutabilité des biens de mainmorte, la seule de ses œuvres qui ait survécu.

Analysons cet acte reçu encore par le notaire Buisson :

A Chambéry dans la maison qu'occupe la baronne de Warens et Cie, laquelle à son nom et de noble François Mansord et Cie, ayant commencé leur société sous les auspices de la Très-Sainte Vierge, s'étant voués sous le vocable de Notre-Dame des Ermites, et pour s'acquitter de leur pieux dessein, s'étant déterminés d'établir une fondation dans l'église paroissiale de Gruffy en Genevois, à l'acceptation de Rd Pierre fds de feu Jean Léonard, natif bourgeois de la ville d'Annecy, docteur en théologie.

Madame de "Warens compte trois cents livres au curé, lequel

en libère ladite dame baronne et C',%, et c'est pour îa> fondation du vœu de leur dite Compagnie et sous la condition que ledit curé et ses successeurs célébreront à perpétuité une messe basse dans le courant des premiers jours de chaque mois dans la chapelle de N.-D. du Rosaire sous le vocable de N. D. des Ermites, et c'est en action des grâces qu'il a plu à Dieu verser par l'intercession de la Très-Sainte Vierge sur l'entreprise de ladite Compagnie et pour qu'il lui plaise vouloir les continuer...

Le curé placera les trois cents livres pour qu'elles produisent un revenu de quinze livres. Il sera permis à la Compagnie de mettre dans ladite chapelle un tableau à l'effigie de N. D. des Ermites • et de trans-

1. Il existe aux Channettes, dans l'oratoire actuel, un tableau de Notre-Dame des Ermites, d'un dessin volontairement archaïque, qui y a été laissé lorsqu'elle les quitta en mars 1749. On voit ainsi que sa dévotion à la Vierge de ce nom était déjà ancienne.

férer ladite fondation dans une autre chapelle au cas que la compagnie voulut en faire bâtir une...

P. Léonard, curé de Gruffy, acceptant, F.-L.-E. de Warkns de la Tour..

Les ouvriers de la poterie de fonte s'étaient, depuis quelques mois déjà, groupés autour de la fabrique. Le maître fondeur était Jean-Claude Charbonnel, le fils du marchand drapier. Il habitait au Reclus à l'auberge de l'Oye d'Or. Le 27 juin 1750, sa femme, Marie Gros, accouche d'un fils qui a pour parrain et marraine « Jean Rodolfe Vesserier dit Curtille, et dame Louise- Françoise de Wuaran » ; ils sont représentés à l'église de Lémenc par le grand-père de l'enfant et par Marie Recordon, la femme de chambre de la baronne {Registre paroissial de Lémenc).

En 1751 les affaires sociales paraissent avoir marché d'une façon satisfaisante et peut-être l'opération n'eût-elle pas été mauvaise si madame de Warens avait su se borner. Mais elle étendait toujours ses fouilles. Au commencement d'août elle se rend à Lyon avec Mansord auprès de M. Perrichon, et le 4, l'on se rencontre à Chanvert avec les sieurs Devienne, père et fils, le premier, contrôleur d'artillerie, natif

de Paris, le second, né à Romans en Dauphiné. On y rédige une convention sous seings privés dans laquelle, après avoir rappelé que dix actions ont été attribuées aux fondateurs et que les dix autres, réservées aux acheteurs, personnes de distinction et de mérite, ne peuvent être grevées de plus amples frais ou avances, on énonce que de nouveaux filons ont été découverts dont la Compagnie tirera un grand avantage. Pour les utiliser, madame de Warens et Mansord cèdent aux père et fils Devienne le quart des bénéfices sur les mines de Maurienne et sur la fabrique royale de Ghambéry. Les sieurs Devienne, à leur tour, remettront à la baronne et à Mansord trente mille livres sur les bénéfices des trois premières années; ils participeront aux frais à venir au prorata de l'intérêt qui leur est cédé et se chargeront de la fonte, du raffinage, de conduire les travaux, ouvrir des mines, construire des fourneaux, etc.

En cas de difficultés, nous prions M. Périchon conseiller d'État, un de nos principaux associés, de vouloir en prendre connaissance, nous soumettant à sa décision.

En février 1752, un nouvel actionnaire entre •en scène, c'est Joseph Mayan, de Turin, premier secrétaire du gouverneur de Savoie (le comte de Sinsan). En revanche Mansord se retire et disparaît pour longtemps. La cause de son départ tient vraisemblablement à une mésintelligence avec les sieurs Devienne, et surtout avec la baronne. L'on en trouve, en effet, les traces dans une correspondance échangée, en novembre 1751, entre M. Astesan, juge-maje de Maurienne et le gouverneur de Savoie. Le magistrat écrit qu'il a reçu la lettre du gouverneur ainsi qu'une lettre de madame de Warens, apportées par son agent Rodolphe Revilliod. Elle s'y plaint de Mansord et signale des difficultés suscitées par les Devienne. Quelques jours après, il annonce à Son Excellence que Mansord, Devienne et Revilliod se rendent à Ghambéry pour lui porter leur explications. Ils n'ont nullement la pensée d'exclure madame de Warens de la Société, mais ils lui reprocheut de vouloir en accaparer la direction et de faire opérer sans leur consentement des travaux inutiles. M. Astesan ajoute que « depuis quelques années qu'il connaît Mansord, il ne lui a pas paru

qu'il fût d'un génie porté à la discorde ' ».

Cependant madame de Warens pensant faire dans les contrats meilleure figure avec l'escorte d'un associé que toute seule, rappelle Cash qui quitte ses fouilles et reprend son titre d'associé primitif, pour l'abandonner presque aussitôt. Le 2 février, il cède à madame de Warens la moitié des trois actions qui lui avaient été attribuées en 17i7.

La baronne devient ainsi titulaire de quatre actions et demie , moyennant l'engagement qu'elle prend de payer au marquis de La Roche les deux mille cent soixante-six livres que Cash lui doit. A son tour, elle vend à May an la moitié de ces quatre actions et demie, lesquelles toutefois resteront indivises entre eux sous forme de contrat de société. L'acquisition de Mayan est faite pour le prix total de trois mille deux cent cinquante livres. C'était un prix de faveur, car la veille, 1er février, Cash et madame de Warens avaient vendu huit mille livres, en apparence, quatre mille en réalité, les deux tiers d'une action, au sieur Laurent Roche, de Saint-Genix, ancien garde-

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